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Variation dans la liturgie : la place de la volonté de Dieu

Dans la liturgie du culte réformé, le moment de la Loi ou « volonté de Dieu » est le plus susceptible de varier de place. Il y a au moins deux possibilités : la placer avant la prière de repentance ou de conversion, ce qui est le cas dans notre Église locale, ou bien la placer après l’annonce du pardon, ce qui est privilégié par la liturgie réformée. Ces deux possibilités rendent compte de deux compréhensions différentes de la volonté de Dieu :

Dans la première, la volonté de Dieu prend un rôle pédagogique : ayant entendu la volonté de Dieu, le croyant ne peut que reconnaître son incapacité à la suivre avec ses propres forces. Cependant, cette compréhension peut amener la prière de conversion à devenir une liste de fautes en accentuant un légalisme malheureux et contraignant.

Dans la seconde, la volonté de Dieu prend un rôle éthique : le pardon reçu de Dieu est une force de transformation pour la vie du croyant qui peut s’engager sur un chemin de vie ouvert par la grâce de Dieu. Mais il faut alors veiller à ce que l’éthique ne devienne pas le marqueur unique ou principal de la grâce et de la foi.

Dans plusieurs autres Églises, la volonté de Dieu est simplement absente de la liturgie. Il importe alors d’annoncer quand même que le pardon de Dieu change la vie. Quel que soit le moment où se place la Loi et même si elle est absente de la liturgie, la volonté de Dieu peut être exprimée d’une autre manière, et dans l’un ou l’autre de ses rôles, à travers la prédication ou l’exhortation.

Après une réflexion en deux temps : la rencontre du Chemins de foi en janvier et la séance du conseil de mars, le conseil presbytéral souhaite modifier l’ordre liturgique actuel de notre culte pour que la volonté de Dieu prenne place après la déclaration du pardon. Il s’agit donc d’accentuer la compréhension de la volonté de Dieu comme entrée dans la vie transformée et renouvelée à laquelle Dieu appelle chacun.

Pardonnés et libérés, nous pouvons écouter ce que Dieu veut pour nous et qu’il nous donne la force de faire. Avec cet ordre liturgique, le lien de subordination de la Loi au pardon est clairement établi, l’écoute de la volonté de Dieu devient une capacité (pas une option !) offerte dans le pardon, et la volonté de Dieu est reçue comme un bien pour nous.

Nos livrets de liturgie présenteront cette nouvelle forme à partir du prochain temps de Pentecôte.

Pasteure Dominique Hernandez

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L’Église comme un corps

Dans la première épître aux Corinthiens, l’apôtre Paul utilise la métaphore du corps pour parler de l’Église (1 Corinthiens 12,12-30). L’image nous fait comprendre d’une part que personne ne peut se prendre pour la tête du corps : cette place est celle du Christ. Et d’autre part, l’image des différentes parties du corps : pied, œil, main, oreille, nous invite à reconnaître la solidarité qui unit les membres du corps. Cette solidarité engage chacun à prendre sa place dans le corps sans jamais mépriser une autre partie du corps. Ne pas se sentir inutile et ne pas se sentir supérieur. Il ne s’agit donc pas de chercher dans l’Église un quelconque bénéfice spirituel ou social. Il n’y a rien à investir dans l’Église, ni relation, ni idée, ni conscience, ni soumission, ni morale, et rien à payer, et rien non plus à sacrifier. Mais seulement devenir compagnons de route d’autres personnes ayant elles aussi entendu un appel, ressenti un élan qui les a mobilisées et mises en chemin. Ce qui fait l’Église, c’est l’écoute d’une parole qui donne à entendre et parler, c’est ce lien avec le Christ qui met en lien avec d’autres. Et ces autres ne sont pas les meilleurs, ni les plus capables, ni les plus irréprochables : ils sont appelés eux aussi à vivre en solidarité. L’image du corps nous permet enfin de comprendre que l’Église n’est pas une bulle isolant du monde extérieur parce que celui-ci serait mauvais, impur ou condamné. L’Église comme corps dont la tête est le Christ prend place dans le monde et marche avec l’humanité porteuse de la Bonne Nouvelle dont il s’agit de témoigner qu’elle est ce qui anime le corps. Ni inutilité, ni supériorité : à l’articulation entre les deux, chacun peut trouver place, pied, œil, main ou oreille, comme un risque, une confiance, une liberté, une joie. Chaque temps en Église, dans une paroisse, culte, lecture de la Bible, partages, repas, et même assemblée générale, peut être une bonne occasion d’éprouver et de participer à cette solidarité don de l’Esprit et création de la Parole.

Bienvenue !

Dominique Hernandez

Je crois, tu crois… ils et elles croient

Si le mois de janvier a fait résonner comme chaque année le carillon de l’œcuménisme, avec les diverses manifestations de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, le mois de février fait entendre cette année la note grave et ample de l’inter-religieux, particulièrement pour les jeunes du KT. Leur sortie annuelle les conduira dans une rencontre entre chrétiens et musulmans, un dialogue où le christianisme et l’islam se tiennent en ouverture, en quête de l’autre et en reconnaissance mutuelle.

Au fil des voyages, des idées et des déplacements volontaires ou obligés des personnes, l’autre différent nous croise chaque jour, et chaque rue, chaque ville peut se présenter comme un éclat du monde entier. Découvrir l’autre n’en est pas pour autant facilité car il faut dépasser ou éviter deux attitudes sans issue pour la rencontre :

– le repli crispé et apeuré, par crainte d’un environnement évoluant si vite qu’on craint d’y être perdu, en vue de protéger et de défendre un patrimoine, un héritage, une tradition qu’on pense mis en danger par les inconnus ou les différents,

– l’entrée en campagne active pour convaincre l’autre différent de changer d’avis, de manières, de rites, de foi et pour le transformer en semblable supportable.

Toute autre a été l’attitude de Jésus de Nazareth dans ses rencontres avec d’autres, bien différents : centurion romain, femme samaritaine ou cananéenne… Les évangiles mettent en évidence son accueil des personnes, son intérêt pour elles et pour ce qu’elles disent, sa manière de les prendre au sérieux. Il y a là pour nous une incitation à la rencontre sans a priori ni jugement définitif et sans crainte d’y perdre son identité car celle-ci ne repose pas sur la certitude d’avoir raison mais dans la Parole de bénédiction.

La disposition d’esprit de rencontrer ainsi l’autre ne met pas en danger même lorsqu’elle conduit à clarifier un désaccord ou à transformer une opinion dans l’élargissement et l’approfondissement de la conscience personnelle. Certes, le croyant peut y abandonner des expressions inappropriées, des images réductrices et des projections mal ajustées aussi bien sur Dieu que sur lui-même ou sur l’autre. Mais le risque de la rencontre et de l’exposition de ses convictions et de sa foi n’est que celui de laisser l’autre être qui il est, suivre son chemin et rester différent.

Sans fusion ni syncrétisme ni raccourcis, le dialogue inter-religieux passe d’abord par la découverte de l’autre hors de toute volonté d’avoir raison. Car avoir raison, c’est se positionner contre l’autre différent quand le Dieu de Jésus-Christ appelle à être avec. Il ne s’agit pas de mettre en compétition les religions ou les confessions pour déterminer quelle est la meilleure, la plus juste ou la véritable mais de témoigner comment le Dieu que je confesse donne sens au monde et à l’existence.

La foi se déploie dans l’espace d’un « je crois » qui n’est jamais mainmise sur la vérité mais remise humble et joyeuse au Créateur et Sauveur.

                                             Dominique Hernandez

© Photo : naughton

Janvier en espérance

L’espérance est une notion très importante dans le christianisme ; elle s’exprime dans de nombreux textes de la Bible. L’Ancien Testament lui donne une large part, comme confiance en la fidélité du Dieu d’Israël qui ne renonce pas à son Alliance. Dans l’espérance, la confiance qu’il y a un avenir est maintenue. Cette espérance s’est cristallisée dans l’attente de la venue du Messie. Le Nouveau Testament est riche, lui aussi, d’exhortations à l’espérance, sauf… dans les évangiles. L’espérance est absente des évangiles ; Jésus n’en parle pas. Ce silence crie très fort qu’il n’y a plus à attendre : la promesse est accomplie et le temps est venu de vivre au présent dans la confiance, dans la gratuité et dans l’engagement personnel.

L’espérance a repris une part importante dans l’Église parce que le Royaume, qui s’est approché, le Royaume rendu présent en Jésus-Christ, n’est pas advenu en plénitude. Mais il ne s’agit pas d’attendre ce qui doit venir ni d’espérer pour l’au-delà ; il s’agit de vivre selon ce qui a déjà été donné en Christ. Ainsi, l’espérance chrétienne ne repose pas sur une attente ; elle est portée par ce qui est déjà arrivé : Jésus-Christ crucifié et ressuscité, le don de l’Esprit Saint.

Autrement dit, l’espérance n’est pas celle d’un au-delà futur meilleur que le présent, mais l’espérance est espérance de ce que Dieu nous rend capables de vivre dès à présent. L’espérance ne tient pas à une disposition de caractère plus ou moins optimiste ou confiant, mais elle vient, de l’amont de notre histoire, nous pousser à l’action, à la responsabilité, à vivre en fils et fille de Dieu. L’espérance n’est pas une dispense d’engagement, au contraire : elle provoque, elle stimule, elle nourrit nos engagements afin de transformer le monde, même seulement un peu, même seulement autour de nous, et peut-être beaucoup plus.

Par la fidélité du Dieu d’Israël, du Dieu qui a réveillé Jésus-Christ de la mort, nous pouvons porter un autre regard sur le quotidien et sur le réel du monde, un regard qui nous permet de ne pas nous laisser conformer à ce monde, comme l’apôtre Paul y exhorte les chrétiens de son temps et d’aujourd’hui (Romains 12,2).

Les lieux d’engagement ne manquent pas, sur les failles des systèmes étouffant l’humain, sur les brèches des combats en faveurs des opprimés et des humiliés, en espérant contre toute espérance (Romains 4, 18), et surtout contre le désespoir, le fatalisme et l’indifférence.

Je vous souhaite un mois de janvier et toute une année en espérance.

Dominique Hernandez

Signe de Noël

Déjà les décorations de Noël commencent à être installées dans les rues et les rayons de jouets le sont dans les magasins. L’impatience va croître jusqu’au 25 décembre, les illuminations et les calendriers de l’Avent vont la nourrir. Les souvenirs affluent des Noëls passés, avec parfois un peu de nostalgie.

Avec l’effervescence qui court les rues et anime les maisons, avec tout ce qui est mis en place et organisé autour de Noël et en attendant Noël, avec les sapins, les guirlandes, et tout ce qui signale que la fête est proche et auquel nul ne peut échapper, qu’est-ce qui est véritablement signe de Noël ?

Dans l’évangile de Luc, le signe indiqué aux bergers n’est ni brillant, ni coloré, ni imposant: « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Un petit signe, humble, modeste, qui passerait inaperçu si les anges eux-mêmes ne l’avaient indiqué.

Quoi de plus ordinaire qu’un nouveau-né ? Il en naît tous les jours, tous démunis, tous en attente de soins, tous plein d’avenir. Tous fragiles comme un tressaillement, une étincelle, un souffle, un germe, et pourtant dons et promesses de vie, capables de transformer le monde pour ceux qui les accueillent. Un nouveau-né comme signe de Noël : de quelle merveilleuse confiance sommes-nous donc bénéficiaires pour que l’avenir soit déposé dans nos mains, dans nos vies !

Quoi de plus normal qu’un nouveau-né emmailloté ? Ils ont tous besoin d’attentions, de sollicitudes, de protection et d’amour. Veiller sur la vie, veiller sur la foi qui ouvre la vie nouvelle, veiller soi-même et veiller avec d’autres, dans une entraide qui réchauffe, soigne et nourrit. Prière, méditation de la Bible, écoute d’autrui et main tendue, il ne manque pas de moyens pour aider à grandir ce qui est déposé au sein de nos vies. Un nouveau-né emmailloté comme signe de Noël : c’est qu’il n’en est pas un, pas un humain qui ne soit espéré par le Dieu de Jésus-Christ.

Un nouveau-né couché dans une mangeoire, c’est déjà moins banal ! Le nouveau-né de Noël est offert comme nourriture pour qu’il se déploie en nous comme la nourriture participe à notre croissance, à notre énergie, à nos forces et à notre présence au monde. Vie donnée à laquelle on ne retire rien quand elle devient nôtre, au contraire, c’est ainsi que nous sommes fidèles à ce qu’est Noël. Un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire : signe de Noël à indiquer, à offrir, à partager, et qui fait de nous à la fois des bergers et des anges !

Dominique Hernandez

De toute ta pensée

Le Parcours biblique a entamé en octobre son cheminement sur le thème de l’amour, avec au fil des rencontres, des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. S’il est un passage de la Bible important et bien connu à ce sujet, c’est celui où Jésus, répondant à la question de savoir quel est le plus grand commandement, déclare : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée » (Matthieu 22,37).

Jésus a reçu ce commandement qui est au cœur de la confession de foi du peuple d’Israël (Deutéronome 6,4-5). Cet amour n’est pas de l’ordre du sentiment qui ne se commande pas. Il exprime la fidélité, l’attachement, la loyauté, l’écoute, le respect, sur le modèle des traités d’alliance et de vassalité du Proche Orient ancien. Dieu est le Dieu unique, l’unique à aimer, face à tous ceux qui se prétendent souverains sur la terre ou au ciel.

Cependant, Jésus modifie légèrement le commandement en y introduisant explicitement la dimension de la pensée : intelligence, raison, entendement, compréhension, réflexion, discernement… toutes choses qui en chacun sont dons de Dieu et qui participent à ce que la foi soit tissée dans l’intégralité, l’intégrité de l’être humain. La pensée est pleinement partie intégrante du croire afin que nous devenions des témoins crédibles, interprètes du texte et de nos existences.

Ainsi, aimer requiert la pensée, et la liberté et la responsabilité qui vont de pair avec la pensée. Et pour aider à penser, à comprendre et à discerner, Jésus ajoute le second commandement qui est semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Aimer Dieu, c’est s’engager pour l’autre, vouloir que l’autre vive, le considérer comme plus important que soi, l’aider à se relever, mettre en valeur sa bonne part.

Ce double commandement n’est pas un commandement auquel se soumettre, c’est un commandement qui fait entrer dans une promesse. Il n’use pas de l’impératif mais dessine un avenir. Il n’exige pas la perfection mais il prend en charge les limites, les manques et les faiblesses de chacun qui ne constituent ainsi plus des impasses. Fondées sur celles de Jésus, la liberté et la responsabilité de chacun sont « activées » et mises au service du règne de Dieu. Aimer Dieu comme aimer son prochain, c’est participer à la construction d’un monde meilleur.

Provoquées par les textes bibliques, la pensée de l’amour comme la pensée de la foi se cultivent de toute manière mieux en compagnie d’autres ! Et ce n’est pas le moindre des dons de la grâce de nous emmener de rencontre en rencontre, de partage en partage, de question en question, de réflexion en réflexion sur ce chemin d’humanité.

Pasteure Dominique Hernandez

Tout plein d’enfants…

Quelle belle surprise lors du culte de rentrée d’accueillir autant d’enfants au KT de la paroisse ! C’est une bénédiction pour nous tous et une source de reconnaissance et de louange pour chaque dimanche où ils seront réunis.

Ceux qui sont déjà connus, ceux qui viennent d’arriver, ceux dont on a connu les frères et sœurs plus âgés, ceux qui sont timides, ceux qui posent beaucoup de questions, ceux qui se taisent souvent, ceux qui dessinent très bien, ceux qui chantent avec une toute petite voix, ceux qui aiment le silence avant la prière… tant de visages et de prénoms à retrouver et à découvrir !

Merci aux parents et aux grands-parents de les accompagner, de participer aux événements communs, de partager leurs propres cheminements spirituels, malgré les semaines bien remplies, les agendas multiples et les sollicitations nombreuses.

Avec le KT, il est beaucoup question d’ouvertures :

  • ouvrir la Bible, ouvrir les yeux, ouvrir son cœur et son intelligence, ouvrir des questions, ouvrir des chemins de réflexion et de vie.

Et donc, il est aussi question de découvertes :

  • quel est le Dieu de Jésus-Christ, quel appel il nous adresse, quels dons il nous offre, quelles diversités et sensibilités colorent le groupe, comment discuter avec d’autres, comment le respect et la reconnaissance de ce qui est bon en autrui permettent de vivre ensemble, etc.

Les catéchètes qui ont préparé l’année ont à cœur de faire résonner des mots comme amour, confiance, fidélité, amitié, bonheur… des mots qui font vivre, des mots de vie et d’humanité.

Merci à eux pour leur engagement, leur service, leur fiabilité, leur joie.

Catéchètes, parents et grands-parents, et aussi toute la communauté : c’est avec leur accueil, leur soutien, leur attention, leur considération, leurs témoignages que le KT prend toute sa dimension de résonance de l’Évangile et que les enfants pourront croire qu’ils ont chacun une place parmi tous.

Une belle année nous attend avec le KT !

Pasteure Dominique Hernandez

Appel

C’est la rentrée, et à nouveau, mon Dieu, tu m’appelles

À lire le monde comme les Écritures

À écrire avec ma vie une suite à l’Apocalypse

À dessiner la justice sur tous les murs

À compter sur toi et avec les autres

 

Tu m’appelles à relever la tête pour mieux t’écouter et voir un peu plus loin

À tendre les mains vers toi et vers mes prochains

À marcher au rythme des petits et des faibles

À chanter dans le vent et sous la pluie

 

C’est la rentrée, et à nouveau, mon Dieu, tu m’appelles

À partager l’abondance et les manques

À savourer les dons quotidiens qui me sont faits par toi et par d’autres

À creuser la faim et la soif d’être vivant sur la terre

À semer la confiance malgré les épreuves

 

Tu m’appelles à la douceur de ne marcher sur les pieds de personne

À la patience de laisser à chacun le temps d’être

À l’humilité de n’avoir pas toujours raison

À la compassion sans condition

 

C’est la rentrée, et à nouveau, mon Dieu, tu m’appelles

Je veux répondre : présent(e) !

Dominique Hernandez

Vacance(s)

Juillet et août représentent pour beaucoup le temps des vacances : ne plus être contraint par le travail ou les études, adopter un autre rythme, poser les soucis et le stress si possible, se dépayser en découvrant ou retrouvant d’autres lieux… Repos et/ou activités différentes dans une perception nouvelle du temps devenu disponible même s’il passe quand même bien vite !

Dans « les vacances » résonne « la vacance » qui signifie le vide, le vide des obligations et des efforts qui remplissent le reste de l’année. Certains veulent remplir ce vide d’un plein d’activités, d’autres souhaitent s’y immerger, et d’autres encore aspirent à un équilibre entre vide et plein. Chacun cherche une manière de se détendre des crispations de l‘année, d’étirer et d’assouplir corps et esprit.

Quelle que soit la manière choisie, la vacance inséparable des vacances représente une opportunité pour que ce qui nous habite en profondeur, ainsi dégagé d’une partie de ce qui le recouvre habituellement, puisse remonter vers la surface des pensées, des émotions, de l’âme. Il n’y a pas rien dans ce vide et la disponibilité à s’y pencher, à y prêter attention, à écouter ou regarder ou sentir ce qui y monte est une disposition toute spirituelle. Car il y est question de reconnaissance. Reconnaissance de soi dans un « mieux se connaître » hors complaisance qui, avec un brin de foi, s’accroche à la reconnaissance de Dieu et envers Dieu. Re-co-naissance : naissance à nouveau et avec, avec Celui qui dit de lui-même :  Je suis « avec toi ».

La vacance dans les vacances : une belle occasion, même si ce n’est pas la seule dans une année, de ranimer depuis la profondeur de l’être notre présence à nous-mêmes, à Dieu et à autrui.

Bonne(s) vacance(s) !

Pasteure Dominique Hernandez

© Photo : Mabel Amber (Pixabay),  CC0 Public Domain

Les yeux au ciel… et sur la terre

balloon-1693527_640Ce n’est pas si fréquent un mois de mai sans fête de Pentecôte ! Mais cela permet de s’arrêter un peu sur la fête de l’Ascension. S’arrêter non pour profiter du pont du même nom, mais pour vivifier à nouveau le sens de cette fête.
Le livre des Actes met en scène des directions de regards : les disciples regardent le ciel alors que Jésus a disparu à leurs yeux. Mais ce n’est pas parce qu’on ne peut ni voir ni toucher le Christ vivant qu’il n’est pas présent sur terre, autrement.

« Monté au ciel », il n’en reste pas moins l’énergie de la vie de Dieu donnée aux humains. Alors deux hommes en habits blancs (pour ne pas dire anges : messagers de Dieu) les interpellent : Pourquoi scrutez-vous le ciel ? (Actes 1,6-12)

Il y a de quoi lever les yeux au ciel dans les temps que nous vivons.
Lever les yeux au ciel, pour signifier que ces temps sont rudes, ou décevants, ou menaçants. Lever les yeux au ciel devant les menaces, les manifestations et les violences armées, devant les paroles d’affrontement, de dénigrement et les fausses nouvelles, devant urgences humaines, écologiques et sociales niées ou ignorées. Lever les yeux au ciel pour demander au ciel, à Dieu, d’intervenir enfin dans les affaires terrestres, pour manifester son impuissance et son incompréhension, pour dominer encore un peu la peur ou la colère.

On peut lever les yeux au ciel en signe de prière ou en signe d’exaspération, juste avant de jeter l’éponge, comme une démission. Mais justement, la conséquence de la prière, ce n’est jamais de démissionner de notre tâche d’humains et de croyants. Même si nous disons dans la prière que c’est dur, que nous avons peur, que nous ne savons pas sortir des ornières du chemin, la prière ne dispense pas de rester présents, veillant, agissant. Au contraire, dans la prière, l’Esprit nous retourne, Dieu nous réoriente vers la terre. Il est aussi urgent et important de lever les yeux au ciel pour prier que de les ouvrir ensuite sur ce qui se passe sur terre, sur les humains de la terre. Quelle que soit la situation sur terre, il revient aux disciples du Christ de ne pas s’en évader mais de la regarder pour s’y mêler, pour s’en passionner, pour y veiller sur les germes de l’humanité nouvelle semée à Pâques, pour y être témoins de foi, d’espérance et d’amour.

Pasteure Dominique Hernandez