Au matin du possible

Chaque Pâques nous remet devant les récits de la résurrection. Aucun ne se ressemble tout à fait, comme si cet événement ne pouvait être enfermé dans une seule version. Cette diversité n’est pas une faiblesse : elle nous rappelle que la résurrection échappe à toute explication simple. Elle se laisse approcher, mais jamais saisir complètement.

L’évangile de Marc, sans doute le plus ancien, va encore plus loin dans cette sobriété. Il s’achève sur une scène déroutante : les femmes, venues au tombeau, repartent en silence, saisies de peur. Pas d’apparition spectaculaire, pas de certitude éclatante. Juste un vide, une parole, et une émotion qui désoriente.

Ce choix est étonnant, il ne cherche pas à rassurer, mais à nous placer au cœur même de l’expérience. Comme les femmes, nous sommes confrontés à quelque chose qui dépasse notre compréhension : la vie surgit là où nous attendions la mort. Et face à cela, la première réaction n’est pas la foi assurée, mais la stupeur.

L’essentiel est peut-être là. La résurrection ne se démontre pas, elle se reçoit. Elle ne se décrit pas comme un objet, elle interroge chacun personnellement. Non pas “qu’est-ce que c’est ?”, mais “qu’est-ce que cela change pour moi ?”. Les évangiles nous invitent à ce déplacement intérieur.

Le danger serait d’en faire un simple souvenir du passé, un événement figé. Car alors, elle ne serait plus une bonne nouvelle. La résurrection n’a de sens que si elle rejoint notre présent, si elle vient ouvrir, aujourd’hui encore, des chemins inattendus.

Dans le récit de Marc, le messager renvoie les disciples en Galilée, c’est-à-dire à leur vie ordinaire. Le tombeau vide n’est pas un lieu où s’attarder. Il n’y a rien à y voir, rien à y retenir. Tout commence ailleurs, dans les lieux familiers, là où la vie continue et demande à être relevée.

Ainsi, la résurrection apparaît comme une invitation à reprendre la route, à rouvrir ce que nous pensions fermé. Elle ne supprime pas les obstacles, mais elle affirme qu’aucune situation n’est définitivement bloquée.

Les femmes, d’abord silencieuses, ont fini par parler. Leur parole a ouvert un chemin pour d’autres. C’est peut-être cela, au fond, la résurrection : une parole fragile, mais vivante, qui circule et relève. À nous, désormais, de l’accueillir et de la faire résonner dans nos propres vies.

Didier Petit (pasteur)

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Image à la une : Basilica of St. Sernin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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