La foi des serviteurs « quelconques »

« Seigneur, augmente en nous la foi ! ». Cette prière des apôtres pourrait être la nôtre, tant il est difficile de croire encore en l’harmonie d’un monde souvent marqué par la défiance, la peur et la violence. Depuis Adam et Ève, l’humanité cherche à franchir ses limites sans toujours savoir comment habiter ce désir. Notre soif de grandeur, mal orientée, engendre parfois le désordre plutôt que la lumière. Nous prenons nos désirs pour une réalité, c’est peut-être même la meilleure définition de l’être humain !

Pourtant, ce désir n’est pas une faute en soi. Il peut devenir un chemin : celui d’une humanité en apprentissage, appelée à transformer le chaos en un monde habitable. Les prophètes nous rappellent sans relâche ce rêve de Dieu : un monde réconcilié où le loup et l’agneau paîtraient ensemble. Ce rêve paraît lointain, mais il demeure la boussole de nos pas.

Lorsque Jésus répond à la demande des apôtres, il ne promet pas une foi spectaculaire. Il parle d’une foi minuscule, à peine grosse comme une graine de moutarde – mais assez vivante pour déplacer les montagnes du doute et du découragement. La foi véritable n’est pas un pouvoir, c’est une confiance active, un service humble et persévérant.

C’est pourquoi Jésus ajoute la parabole du serviteur : la foi n’est pas à revendiquer, mais à vivre. Être serviteur, c’est accepter de participer, à notre mesure, à ce grand projet divin d’équilibre et de paix.

Être un « serviteur inutile » ne veut pas dire être sans valeur. Jésus emploie cette expression pour nous libérer de la tentation de l’autosatisfaction. Ce que nous faisons de bien n’est jamais une conquête personnelle, mais une participation à une œuvre qui nous dépasse. Notre service devient « l’invisible », parce qu’il s’efface devant la grâce qui agit à travers nous. Ainsi, la véritable fécondité de la foi ne se mesure pas en exploits visibles, mais en fidélité discrète. Serviteurs « inutiles », nous le sommes au sens où nous ne revendiquons aucun mérite – et c’est justement cela qui rend notre service infiniment précieux.

Didier Petit (pasteur)

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Image à la une : Rijksmuseum, CC0, via Wikimedia Commons

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