Chercher d’abord le Royaume
Certaines pages bibliques nous paraissent lointaines, d’autres nous touchent immédiatement. La lettre de Paul à Timothée fait partie de celles qui résonnent avec force dans notre présent. Paul nous rappelle que nous n’avons rien apporté en ce monde et que nous n’en emporterons rien ; que la nourriture et le vêtement doivent nous suffire ; que l’amour de l’argent est la racine de bien des maux. Autrement dit : vivre simplement, sans céder à la logique du « toujours plus ».
Cet appel à la sobriété rejoint nos préoccupations actuelles : crise écologique, urgence climatique, surconsommation. Les solutions techniques ne suffisent pas ; il nous faut aussi une conversion intérieure. La question évangélique devient : « De quoi ai-je vraiment besoin ? » plutôt que « De quoi ai-je envie ? ». Comme le souligne Jésus dans le Sermon sur la Montagne, il s’agit de chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice : le reste suivra… ou pas. Mais nos priorités doivent être claires.
Cette recherche de justice et de justesse touche tous les domaines : relation aux autres, rapport à notre environnement, style de vie. Elle nous invite à sortir d’une logique d’accaparement qui naît souvent de la peur et du manque de confiance. Paul appelle ce processus « le beau combat de la foi ». C’est un combat spirituel autant qu’éthique : lutter contre la tentation de l’accumulation, mais aussi contre le découragement qui nous guette quand les résultats tardent à se manifester.
Nos communautés sont ainsi placées devant une tâche de longue haleine. Comme les chrétiens de Thessalonique, nous devons apprendre la patience : l’espérance prend du temps. Il ne s’agit pas de céder au catastrophisme ni de courir derrière des solutions à court terme, parfois séduisantes et souvent peu coûteuses. C’est dans la durée, dans des choix quotidiens de sobriété et de solidarité, que se construit une humanité capable de transmettre un monde habitable.
Enfin, il ne s’agit pas seulement de se priver : le Royaume se cherche aussi avec désir. Retrouver le goût de vivre, désirer un monde plus juste et plus fraternel, voilà ce qui nous pousse à agir. Si nous menons ce combat avec confiance, ceux qui viendront après nous continueront la route, non par crainte, mais par espérance.
Didier Petit (pasteur)
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