Le repos d’une terre qui reçoit

L’été ouvre souvent un temps différent. Les rythmes se déplacent, certaines activités ralentissent, les agendas respirent davantage… et nous aussi. Pourtant, il n’est pas toujours facile de se reposer vraiment. Nous savons interrompre nos tâches, mais nous ne savons pas toujours retrouver un véritable calme intérieur et accueillir la vie autrement. Avant de repartir.

Dans Matthieu, Jésus raconte la parabole du semeur. Un homme sort pour semer ; les graines tombent sur différents terrains : le chemin, le sol pierreux, les ronces, et enfin la bonne terre. À première vue, ce texte parle de l’accueil de la Parole. Mais il nous invite aussi à réfléchir à notre manière d’habiter le temps et de recevoir ce qui nous est donné.

Le semeur ne force pas la croissance. Il sème. La terre, elle, reçoit. Elle fait son boulot en prenant son temps… et pas cette fois-ci seulement, mais parce que c’est son rythme normal.

Contre tout ce qui valorise l’efficacité, le rendement et le contrôle, cette image a quelque chose de libérateur. La fécondité ne commence pas par l’effort : elle commence par l’accueil. Une terre trop dure ne laisse rien entrer ; une terre encombrée étouffe ; une terre trop superficielle ne permet pas aux racines de descendre. Seule la terre disponible porte du fruit.

Le repos n’est pas seulement une pause entre deux périodes de travail. Il est cet espace intérieur où nous cessons de vouloir tout maîtriser pour redevenir disponibles. Se reposer, au sens biblique, ce n’est pas se retirer du monde ; c’est consentir à ne pas être le semeur, ni le soleil, ni la pluie. Plutôt une terre qui reçoit.

L’été peut devenir ce temps nécessaire où se déposent enfin nos pesanteurs accumulées : les préoccupations, l’impatience des attentes, l’exigence de résultats. Un temps offert pour réapprendre l’écoute et le silence, pour marcher d’un pas plus libre.

Dans la parabole, la bonne terre n’a rien d’extraordinaire ; elle ne brille ni par sa force ni par son abondance. Elle est simplement prête : ouverte à recevoir, assez profonde pour garder, assez disponible pour laisser pousser.

Au fond, la philosophie des congés payés rejoint peut-être, sans toujours le dire, la sagesse de la parabole du semeur : une terre qui ne connaît jamais le repos finit par s’épuiser et ne porte plus de fruit. Le temps donné pour s’arrêter n’est pas un temps perdu ; il est un temps rendu à la fécondité. Comme l’écrivait le philosophe Bertrand Russell : « Le temps que vous aimez perdre n’est pas du temps perdu ». Pour nous, ce temps n’est pas seulement retrouvé : il devient espace d’accueil, où l’espérance continue silencieusement son œuvre de croissance.

Que ces semaines de juillet et d’août deviennent pour chacune, pour chacun, une véritable saison de repos – non pas un temps vide ou suspendu, mais un espace rendu à sa juste mesure.

Didier Petit (pasteur)

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© Photo à la une : evalac

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