Où revenir à Dieu, c’est revenir à soi

Le mois de mars nous entraîne plus loin dans le temps du Carême. Pour accompagner ce chemin vers Pâques, nous pouvons revenir sur la parabole du fils prodigue, dans l’évangile de Luc. Nous connaissons bien cette histoire. Un jeune homme réclame sa part d’héritage, quitte la maison du père, dépense tout, puis, au terme d’une dégringolade douloureuse, décide de rentrer. Ce récit n’est pas seulement celui d’une faute et d’un pardon ; il est celui d’un chemin intérieur, d’un demi-tour qui ressemble à une conversion radicale.

Le tournant du texte tient en une phrase simple : « Il rentra en lui-même. » Avant même le retour vers son père, il y a ce retour à soi. Le Carême est sans doute un temps pour « rentrer en soi-même » pour regarder lucidement sa vie. Il n’est pas dans notre habitude d’aborder ce texte comme un catalogue de fautes à avouer, il s’agit de reconnaître que nous nous éloignons parfois de nos sources de vie. Nous croyons trouver la liberté dans la rupture, le départ ou l’oubli, mais quelque chose nous pousse à demander : « Où est-il, mon chez-moi ? ».

La beauté de la parabole est aussi dans le rôle du père. Au moment du retour, l’accueil précède les explications, la vie retrouvée fait oublier les leçons de morale. Image audacieuse de Dieu ! Le fils aîné, lui, nous renvoie à une autre tentation : celle d’une fidélité vécue dans la comparaison et l’amertume. Le Carême nous interroge aussi de ce côté-là. Attendons-nous une récompense pour notre constance ? Pouvons-nous nous réjouir lorsque d’autres retrouvent chemin et dignité, même s’ils choisissent une autre voie que nous ?

Cette parabole ne distribue pas les rôles une fois pour toutes. Tour à tour, nous sommes le cadet, l’aîné, peut-être même le père.

En ce mois de mars, le Carême peut devenir un espace de réconciliation. Réconciliation avec nous-mêmes, en acceptant nos fragilités sans nous y réduire. Réconciliation avec les autres, en laissant tomber quelques comptes anciens. Le fils prodigue ne revient pas comme un héros, mais comme un homme conscient de sa vulnérabilité : revenir ne signifie pas effacer le passé, mais lui donner un autre sens.

À l’approche de Pâques, nous sommes invités à croire que toute vie peut être relevée, que l’espérance est plus tenace que nos impasses. Que ce temps de Carême, au cœur du mois de mars, soit pour notre communauté un temps de retour confiant — vers Dieu, vers les autres, vers nous-mêmes.

Didier Petit (pasteur)

___________________________

© Photo à la une de Bambi Corro sur Unsplash

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.