La patience du jardinier
Notre texte s’ouvre sur un massacre de pèlerins par l’autorité romaine. On met la main sur eux au moment où ils font leurs sacrifices, un peu comme si Dieu lui-même avait mis le holà, comme si c’était mérité…
Que Pilate ait donné l’ordre ne nous étonne pas vraiment, pas même Jésus qui conclut seulement que personne n’est à l’abri. Seul message : préparez-vous suffisamment pour ne pas être surpris !
Mais les mauvaises nouvelles continuent : 18 personnes tuées par l’effondrement d’une tour. On imagine les titres des journaux : « 18 morts dans l’écroulement d’une tour à Siloé : le bilan s’alourdit ! ». Même conclusion, ou presque : convertissez-vous ! Pour le reste, pas de commentaire. Le grand absent, pourrait-on dire, c’est Dieu.
Cette absence d’engagement de Dieu – et donc de réponse ou d’explication aux tragédies subies par l’humanité – nous laisse une impression pénible. À quel jeu Dieu peut-il bien jouer, essaierait-il de se servir des circonstances pour nous punir de ne pas être à la hauteur, alors que nous savons que nous n’y sommes jamais. Là encore, Jésus accepte les circonstances sans chercher à les interpréter.
Et puis, sans qu’on ait vraiment résolu le problème, nous arrivons dans cette parabole du figuier stérile, au milieu d’un conflit entre un propriétaire et son jardinier. La controverse porte sur le sort à réserver à un pauvre figuier qui ne produit plus rien. On pourrait laisser ce figuier tranquille et le laisser être simplement là pour des raisons esthétiques, mais ses heures sont comptées pour des questions de rentabilité.
Pourtant, le jardinier s’entête, demande un délai, persiste à croire qu’une amélioration est possible avec du temps et des efforts. Il y croit, lui, au point que toute l’espérance dont il est capable semble tenir dans ce « peut-être ». Il est le seul à ébranler les certitudes de quelqu’un qui pourtant pourrait décider sans le consulter.
Dieu est-il vraiment absent de ce texte ? Nous aimons d’ordinaire nous le figurer sous les traits du Maître, celui qui ordonne. Mais ici, il est sans doute derrière ce jardinier encore capable d’un « peut-être », il est dans la patience, dans un dénouement possible alors que tout montre le contraire. Il croit à notre fécondité alors que la hache destinée à nous abattre est déjà prête. L’espérance, c’est considérer qu’une stérilité est toujours provisoire. Un bon jardinier sait cela. En quittant l’Eden, on nous a demandé d’aller bêcher un peu plus loin : il y a tellement de lopins de terre à faire fructifier…
Didier Petit (pasteur)
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© Photo à la une de Marita Mones sur Unsplash