Entrer dans une nouvelle année comme on sort d’Égypte
Si l’on nous demandait de faire commencer toute nouvelle année par un événement marquant, nous aurions peut-être du mal à nous passer de l’automatisme facile des recommencements calendaires. D’autant que les événements souvent tragiques de l’année qui s’achève ne donnent pas forcément envie de rechercher des nouveautés potentiellement fracassantes… Un recommencement serein, ça repose un peu.
Mais c’est bien le recommencement fracassant de tout un peuple qui nous est raconté dans ce début du livre de l’Exode. La sortie d’Égypte figure parmi les traditions hébraïques les plus anciennes, bien plus anciennes que les récits de Création sous la direction d’un Dieu Créateur de toutes choses, avatar plus récent, fruit d’une prise de conscience tardive en Exil. Le premier Dieu qui a rencontré ce peuple a posé la liberté et la vie comme préalables.
Si vous vous rappelez ce qui suit, une fois que la mer est franchie, Dieu les attend « en zone libre » avec une Loi qui commence non pas par des commandements énoncés sèchement, mais par le rappel de l’essentiel : « C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte ! ».
À la veille du grand départ, ce peuple qui voit le bout du tunnel est invité à un repas qui est déjà et aussi, d’une certaine manière, un dernier repas. Les prochains aliments seront partagés sur la route vers le pays promis. On nous dit à cette occasion qu’ils mangent à la hâte et sans laisser des restes derrière eux. Comme si on les invitait à ne garder aucun souvenir, aucun ancrage, aucune racine dans cette terre d’esclavage ; comme si on leur disait que la seule chose à faire avec un pays comme celui-là, c’est de le quitter une bonne fois.
Mais peut-être aussi qu’on leur montre là ce que sera leur vie dorénavant : une succession d’étapes vers un pays pas encore atteint. La vie apparaît comme une marche vers une vérité qu’on se contente d’approcher, vers une liberté toujours à reconquérir.
Chaque début d’année est l’occasion de tourner le dos à des événements maudits, sans pouvoir les effacer. Mais c’est aussi le moment de trouver à nouveau le courage d’affirmer la liberté fondamentale de chaque existence.
Didier Petit (pasteur)
_______________
© Photo à la une de Aaron Burden sur Unsplash