Nul n’est prophète en son pays
Les auditeurs de Jésus avaient peut-être très bien compris que cet homme si particulier s’était rendu tellement proche de Dieu qu’il lui était possible de s’identifier à lui… Cette nouveauté était tellement dérangeante que leur premier réflexe avait été de la balayer d’un revers de main.
Si Jésus est mal accueilli dans son village natal, c’est parce que la nouveauté qu’il représente est déjà perçue confusément, mais mal comprise. Déranger l’image qu’on se fait de Dieu, c’est forcément un début de blasphème ; une fois que cette image craquelle, elle est prête à tomber : l’Évangile est toujours iconoclaste.
Le plus difficile pour nous est bien d’admettre que Dieu se mélange à l’homme pour mieux lui tendre un miroir montrant une image brisée. Mais l’Évangile se trouve dans la promesse que cette image peut être reconstituée, qu’elle n’est pas abimée pour toujours.
Nous ne réparerons pas cette image tous seuls, ni en essayant de nous élever jusqu’au ciel comme la Tour de Babel, ni en nous contentant d’un « loin des yeux, loin du cœur » où nous tuons tout espoir de réparer cette image.
L’expression « occasion de chute » renvoie bien à un scandale : il est difficile pour nous d’admettre que Dieu s’approche pour nous mettre sur la voie de cette réparation certes longue et difficile, mais toujours possible. La vie placée sous le signe de la foi est ce long voyage à la recherche d’une image de nous-mêmes enfin réparée, restaurée, à la lumière de l’enseignement de Jésus à ses disciples.
À un moment ou un autre de sa propre vie, chacun est simplement mis sur la voie, le voyage commence, il sera rempli d’invitations et de possibilités de rencontres. Les auditeurs de Jésus ne sont pas tous venus au rendez-vous ce jour-là. Mais la rencontre a peut-être eu lieu un autre jour ? Allez savoir…
Didier Petit
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