Métaphysique de la binette, éthique du taille-haie et esthétique du râteau à feuilles
Nos versets évoquent les végétaux, c’est-à-dire la partie du monde qui propose à tous ce qui a été lentement muri, pour nourrir et habiller, purifier l’air et faire croître la vie avec une générosité qui ne compte pas.
Par extension, le monde végétal donne aussi à voir un peu de ce qu’est une société humaine, tout aussi complexe et foisonnante, avec ses équilibres délicats et une harmonie toujours à refaire. En ce sens, la parole politique chargée de dire le « comment » de cette harmonie fragile devrait s’inspirer de l’usage intensif du taille-haie, de la binette et du râteau à feuilles.
Le taille-haie est l’outil qui permet de maintenir des barrières entre le « chez soi » et le « chez les autres », tout en dégageant l’horizon. Cet outil génial trace le territoire tout en permettant de parler à des voisins avec qui nous avons une vie de quartier. Nous avons une vie qui nous est propre, mais aussi un destin commun avec beaucoup d’avantages et quelques problèmes à résoudre ensemble…
Le rôle de la binette est double : aérer la couche superficielle du sol et assurer un désherbage fin autour des plants ou des petits massifs. Elle joue donc un double rôle : elle s’assure que l’ensemble du terrain respire bien, pour que tout puisse pousser dans de bonnes conditions ; mais elle est aussi attentive à l’espace individuel que chacun reçoit pour déployer sa propre vie comme il l’entend. Enfin, le râteau à feuilles parachève le travail en éliminant ce qui est inutile, en évitant l’étouffement de l’ensemble du terrain et en rendant sa beauté et son harmonie à l’ensemble.
Nous avons, avec ces trois outils, les moyens humains d’une société qui peut fonctionner si on ne l’abandonne pas à elle-même, à l’envahissement des mauvaises herbes : mauvaises habitudes, passions mauvaises, joies mauvaises, etc. Ces trois outils (pures créations de l’esprit humain) sont peut-être les fondements d’un monde qui marche bien (ou pas trop mal) : une métaphysique (la binette qui, fondamentalement, fait respirer le sol commun), une éthique (le taille-haie qui ouvre mon espace en direction des autres) et une esthétique (le râteau à feuilles qui parachève le travail en rendant le tout beau et harmonieux).
Nous savons bien, et pas seulement depuis quelques jours, que l’équilibre d’une société est fragile et que les choses peuvent basculer. Remettons-nous au travail pour qu’émerge un projet de société apaisé, ouvert, soucieux de tous et de chacun, un monde humain agréable à vivre et beau à voir.
Didier Petit