Espérance et liberté de conscience

Tournage de la pièce « 1768 – Résister – Sous Louis XV, à la Tour de Constance »

Nous sommes en 1768, 21 ans avant l’adoption de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen, qui stipule que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». Quatorze femmes sont emprisonnées dans des conditions abominables à la Tour de Constance à Aigues-Mortes parce qu’elles sont protestantes, parmi elles Marie Durand. Très instruite, elle écrit des lettres aux Huguenots qui, après la révocation de l’Édit de Nantes, ont fui la France. Jean-Jacques Néré s’est saisi de cette histoire pour en faire une pièce de théâtre. Dès sa première représentation par la Troupe des deux Vallées, ce spectacle a révélé son potentiel à sensibiliser le public à des situations de violation de droits fondamentaux comme celles citées dans l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Les femmes emprisonnées dans la Tour de Constance ont gardé le cap malgré un traitement que l’on peut caractériser d’emprisonnement abusif et de torture : enfermement, souvent sans jugement, pendant des dizaines d’années dans un logement hautement insalubre, privation de nourriture et d’hygiène. Ces femmes n’ont pas pu bénéficier de lettres de soutien de l’extérieur comme celles que l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) propose d’envoyer de nos jours ; elles ont dû en rédiger elles-mêmes et les faire passer à l’extérieur à l’aide d’un gardien qui risquait gros pour les aider. Leurs chances d’être entendues étaient infimes, mais contre toute attente, l’histoire se termine bien.

La quasi-impossibilité de cette entreprise et son succès insoupçonné nous interpelle : quel rôle pouvons-nous jouer dans le monde actuel en tant que personnes protestantes ? Comment protester contre les situations inacceptables et les traitements inhumains ? Dans le contexte de ces interrogations, l’idée est née de faire filmer une des représentations de la pièce de Jean-Jacques Néré par une équipe de professionnels et d’en faire un objet « à débat ». Une collecte participative encore en cours a été organisée afin de pouvoir défrayer l’équipe de tournage autour de Pierre Gaffié, réalisateur protestant. Le film a été tourné le 15 juin 2024 au centre des congrès La Salamandre à Cognac.

Pendant l’été 2024, ce film sera monté et doté d’éléments qui permettront à des personnes en situation de handicap auditif ou visuel et à des personnes ne comprenant pas le français de le suivre le mieux possible. Des contacts ont été pris afin de pouvoir diffuser ultérieurement ce film à des lieux de formation et de culture. Cette expérience enrichissante a permis à la troupe de donner le meilleur d’elle-même. Merci à toutes les personnes qui ont contribué à donner vie à ce projet, dont l’association Les rencontres d’Élisa de Cognac, représentée par Cyrille Gautier-Auriol. Il est encore possible de soutenir ce projet par vos dons sur Ulule jusqu’au 31 juillet : https://fr.ulule.com/tourdeconstance/

Eva et Jean-Claude Lacroix.

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