Nous tous

Réflexions inspirées d’Actes 15, 1-36

Le voyage entrepris par ceux de Jérusalem vers ceux d’Antioche est une tentative de reprise en main vigoureuse : si l’on veut que des gens venus d’autres peuples se convertissent et embrassent notre religion, il faut, pour commencer, qu’ils en acceptent les fondamentaux : la circoncision et la pratique scrupuleuse de la Loi.

Un autre voyage se fait alors en sens inverse, d’Antioche à Jérusalem. Les arguments fusent de part et d’autre, d’un côté les Judéens attachés au respect intégral de la Loi, de l’autre les Juifs cosmopolites, éloignés de la Judée, familiers de la langue grecque et de la culture des autres peuples pourtant attirés par la nouvelle foi en Christ.

Pierre intervient pour faire allusion à une vision importante, consignée au chapitre 10 des Actes, et qui annonce la fin des interdits alimentaires hérités du Judaïsme. Ce n’est pas un tour de passe-passe, mais une révolution au sein même du Judaïsme de l’époque. Plus qu’un simple accommodement, c’est un changement total de culture religieuse : désormais, il n’y a plus de cloison entre le pur et l’impur. Le message est simple : il n’y a plus de « eux » et de « nous », il y a désormais un « nous tous » qui va le remplacer. Quelle nouveauté ! Quelle liberté !

Cette histoire est de toute première importance pour les Apôtres, mais aussi pour nous. Elle nous rappelle que l’Évangile n’a pu se frayer un passage que parce que des visionnaires (comme Pierre et Jacques) ou des cosmopolites (comme Paul et ses amis) ont su reconnaître les signes des temps.

Peut-être que ces critères de discernement nous sont encore utiles aujourd’hui. L’enjeu de l’annonce de l’Évangile n’est pas forcément d’acquérir davantage de convertis, mais de rappeler que le partage d’une société commune commence par l’identification de ce qui construit un « nous tous ».

Les ex-empires belliqueux, aujourd’hui, sont ceux qui vivent dans la nostalgie d’une puissance perdue. Ils n’ont pas encore accepté de n’être modestement que ce qu’ils sont : ils veulent plus, par tous les moyens. Pourtant, seuls ceux qui construisent un « nous tous » en regardant droit devant, ont quelque chance d’avancer vers un avenir pacifié.

Didier Petit

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Image à la une de Duy Pham sur Unsplash

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