Prédication du 05/02/2023
Prédication par Didier Petit
Textes : Ézéchiel III 1-14, Matthieu V 13-16
Matthieu 5, 13 à 16
Chers amis, vous le savez aussi bien que moi, la vie entière est une crise. Nous sommes toujours sur le point d’abandonner quelque chose, toujours en transition vers autre chose, toujours en cours d’inventaire ! Mais il y a des moments dans la vie où la crise est aigüe et fait passer tout le reste pour de la rigolade. C’est un peu la même différence qu’entre une mélancolie douce et un désespoir profond. En période de crise, le besoin de sécurité se fait plus fort, on veut préserver ses acquis, sauver les meubles et trouver des solutions pour se protéger, c’est bien naturel.
Ce comportement se remarque dans tous les domaines : la politique, l’économie, la vie personnelle. On recherche un territoire sécurisé où l’on pourra peut-être maîtriser les choses. Dans cette recherche d’un petit coin tranquille, le religieux peut parfois représenter un recours, une valeur refuge, comme si la foi préservait des risques du dehors. Mais nous savons bien que cela ne marche pas comme ça…
« Vous êtes le sel de la terre…, vous êtes la lumière du monde… » ! Voilà un programme qui nous donne, en vérité, un tout autre impératif, un tout autre projet que d’organiser un repli stratégique ou un retrait pur et simple.
Ces versets résonnent presque comme une prédication, elles sont en tout cas un appel adressé aux disciples. C’est ce moment essentiel dans l’Evangile de Matthieu où ces disciples écoutent ce Sermon sur la Montagne avant de se mettre en route. Et dans ce Sermon, il y a, au moins, trois bonnes nouvelles : le Christ nous donne une nouvelle identité, il nous adresse une vocation, et il nous confie une responsabilité. Un programme complet, donc !
Au début de son ministère, Jésus dit cette parole pour tous les hommes : « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ». Ces mots sont pour nous, disciples d’aujourd’hui, réunis dans ce temple ! Jésus ne parle pas au futur, il ne fait pas de promesse comme si la récompense d’être à la fois sel et lumière était soumise à telle ou telle condition. Il ne dit pas : « Vous parviendrez à ce résultat si vous faites ceci ou cela, si vous vous conduisez de telle manière, si votre « religion » me plaît, comme un Dieu qui agréée certains sacrifices et pas d’autres. Il ne demande pas cela. On pourrait presque croire qu’il s’en fiche, et je ne suis pas loin de le penser… Jésus désigne ses disciples et nous dit qui nous sommes maintenant. Il n’est pas question de tradition, de manière de faire, de penser et de croire, de théologie ou de mode de gouvernance. Il nous dit qui nous sommes.
S’il n’y a pas de préalable, de prérequis, c’est que le jugement est passé, il est derrière nous parce qu’il a déjà eu lieu. Pour Jésus, nous ne pouvons être ce que nous sommes que si nous ne sommes pas tenus de le devenir, avec obligation de résultat ! Logique, non ?
Ces paroles qui ouvrent la première prédication de Jésus, juste après la déclaration des béatitudes offrant le bonheur à ceux qui les entendent, disent en effet l’essentiel du message. Ces paroles identifient les disciples, et elles révèlent leur nouvelle identité : sel de la terre et lumière du monde.
Ils auraient pu refuser, après tout ; personne ne leur a mis un canon dans le dos pour les faire avancer, personne n’a extorqué leur consentement. Ils auraient pu dire qu’aucun d’entre eux n’avait les compétences requises, comme de nombreux prophètes avant eux. Mais personne ne leur a demandé leur CV, personne n’a exigé le suivi de leur dossier. Ils avaient tout à recevoir et rien à donner, forts seulement de cette certitude que leur vie avait changé.
Le Sermon sur la montagne nous dit qui nous sommes et comment vivre en préparant le Royaume. Cette nouvelle identité de chrétiens comme sel de la terre et lumière du monde nous est commune, à nous tous protestants, catholiques et orthodoxes, et nous invite à travailler ensemble.
La seconde chose importante que nous recevons dans ce Sermon sur la Montagne, c’est une vocation, un appel si vous préférez. Le sel et la lumière dans la tradition hébraïque sont des symboles connus, et les auditeurs de Jésus ne pouvaient que réagir à leur évocation.
Evidemment, l’idée bien connue selon laquelle les chrétiens peuvent mettre un peu de saveur dans notre monde par leur témoignage, leur discours et leurs actions est une idée très puissante, très suggestive. Ne la boudons pas, ne l’abandonnons pas ! Même chose pour ce que la lumière suggère également, de contribuer à ce qu’un rai de lumière traverse de temps en temps l’obscurité, que nos églises donnent quelques éclairages, à défaut de provoquer une gigantesque illumination.
Mais n’y a-t-il pas une incroyable prétention dans cette affirmation du Sermon sur la Montagne que nous reprenons à notre compte, d’incarner un remède à la fadeur et l’obscurité ?
Oui, quel goût nos églises ont-t-elles donné au monde en 2000 ans, et quelle lumière ont-elles fait briller ? On peut se poser la question, même s’il ne faut pas passer sa vie dans les inventaires.
Dans l’Ancien Testament, le sel est le symbole de la pérennité, de l’éternité. Il était utilisé jadis abondamment sur les aliments, notamment lors des sacrifices, d’où l’expression biblique « le sel de l’alliance ». Être le « sel de la terre » signifie : être appelé à témoigner fidèlement de cette alliance de Dieu avec le monde, ne jamais oublier l’espérance offerte par cette alliance. Perdre sa saveur revient à douter de la pérennité de l’alliance. De quelle utilité serait un chrétien qui ne croirait ni dans la vérité de l’alliance en Christ ni dans la réalité de son salut ?
Être le sel de la terre ne correspond pas à un devoir qui culpabilise sans fin, un effort désespérant, c’est se savoir établis comme témoins d’une alliance signée en Jésus-Christ. Quant à la lumière, elle est souvent une métaphore de la Torah, elle représente en particulier la lumière de son enseignement. Nous savons bien que le Sermon sur la Montagne a la force et la substance d’une Torah, pour nous chrétiens. Être lumière du monde, c’est mettre au service de Dieu sa vie tout entière : parole et geste, enseignement et témoignage, librement.
Vous le voyez, nous sommes loin d’être en position de donner constamment du goût au monde et de l’éclairer : nous sommes plutôt rappelés à notre responsabilité d’héritiers d’une alliance.
Être lumière du monde, c’est simplement vivre ouvertement et librement sa foi, en quelque sorte la vivre en pleine lumière. Au vu et au su de tous, notre confiance deviendra un signe visible, joyeux et spontané. C’est réfléchir une lumière qui ne vient pas de nous mais qui vient de loin et qui nous traverse, la lumière d’un enseignement reçu et d’une bonne nouvelle qui nous fait vivre.
La troisième chose importante, c’est que le Christ attend notre réponse. Être capable de donner une réponse et de l’assumer, c’est être responsables et libres.
« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » signifie que le monde nous attend. Notre parole peut sortir de nos murs, nous pouvons agir. Sur le plan éthique – les problèmes ne manquent pas – comme sur le plan politique – l’actualité exigera de nous des choix qu’il faudra faire en toute liberté. Peut-être même que notre réflexion et notre engagement seront sollicités. Acceptons cette responsabilité. Nous avons reçu une nouvelle identité en plus de celle dont nous héritons par notre généalogie, nous avons reçu une nouvelle vocation qui est d’agir librement autour de nous : le monde se cherche, lui aussi une vocation, notre réponse est le Royaume.
Confession de foi
Je crois en Dieu. Par lui, l’univers et notre existence sont créés toujours à nouveau. Dans le chantier du monde, son Esprit nous anime et nous porte.
Il donne chaque jour à notre vie un sens positif, une dignité fondamentale, une vocation créatrice. Dieu est l’avenir de l’humain. Sa présence éternelle dépasse les espaces et les temps.
Je crois que Jésus, prophète, nous fait entendre Sa parole. Il est celui que nous écoutons et auquel nous regardons pour savoir qui est Dieu et qui est l’homme : un Dieu d’amour selon la Bible, un Dieu pour lequel l’être humain et la terre entière sont une espérance invincible.
En Jésus, l’homme et Dieu sont à jamais ré-unis et inséparables. Il est un exemple pour nous et pour le monde.
Nous reconnaissons une seule Eglise, universelle, et connue de Dieu seul. Elle existe par-delà les institutions chrétiennes et les frontières religieuses.
Je crois à l’amour, plus fort que la mort.