L’Écriture qui nous attend

L’année prochaine, dans nos rencontres bibliques œcuméniques de Chevry, nous étudierons le livre de l’Ecclésiaste pendant cinq séances, puis les Épîtres de Jean pour les quatre dernières séances de l’année.

Pourquoi l’Ecclésiaste ? Contemporains, au 3e siècle, de l’expansion du stoïcisme, ses propos sereins, presque distants, détonnent avec la violence et le sentiment d’urgence du discours prophétique : pour le stoïcisme, comme pour Qohélet, la vie humaine consiste à accepter le moment tel qu’il se présente, à ne pas se laisser contrôler par le désir ni par la peur, à utiliser son esprit pour comprendre le monde, œuvrer avec les autres et les traiter de manière juste et équitable.

On reste pourtant surpris que le bilan d’une vie aussi bien remplie que celle de l’auteur se résume à presque rien et débouche sur l’affirmation entêtante de l’inconsistance de tout. Le premier chapitre assène, en effet, l’inutilité de toutes choses et le caractère éphémère de toute réalité humaine : nous sommes perdus dans le cycle infini du renouvellement permanent des choses, rien de vraiment neuf ne peut exister !

Le reste du livre, d’ailleurs, est tout aussi implacable. Notre activité (activisme ?) produit bien quelques perturbations, quelques changements, et aussi quelques beaux succès : ne boudons pas notre plaisir ! Mais pour ce qui est de notre nature humaine, ce qui est tordu et impossible à redresser revient invariablement. Dès qu’un nourrisson apparaît, il faut tout recommencer…

Nos sociétés « travaillées » par le désir et la peur ont peut-être besoin de méditer l’Ecclésiaste. Et la fin d’une année bien remplie nous conduira sûrement à accepter le moment tel qu’il se présente, surtout si c’est un temps de repos bien mérité ! Si l’Ecclésiaste nous recommande quelque chose, ce n’est pas la fuite hors du monde, mais plutôt l’usage lucide du monde.

Que cette période d’été soit, pour nous tous, une mise à distance apaisante, une manière de nous préparer à vivre l’essentiel de notre mission en Église : « Œuvrer avec les autres et les traiter de manière juste et équitable », sans essayer de viser plus haut. Mais moins par cynisme que par lucidité.

Didier Petit (pasteur)


© Dessin par Alice Lacroix (alilac)

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