Prédication du 05/06/2022

Prédication par Didier Petit

Texte : Actes II 1-13

Actes 2, 1-11

Dans les premières communautés chrétiennes, avant même qu’on parle d’églises, les prises de parole des premiers chrétiens étaient problématiques : leur conception des choses, héritée du Judaïsme, heurtait la sensibilité et la raison des Grecs au moins autant que la religion civile des Romains. On les prenait pour des fous ou des provocateurs. Il faut bien reconnaître que nous sommes assez loin de faire encore cet effet sur ceux qui nous écoutent.

Ici, on ne se complique pas la vie : ce qui est en train de se passer n’inspire qu’un mépris goguenard « Ils sont pleins de vin doux ! ». Ou bien, si vous préférez : « Il ne faut pas faire trop attention à ce qu’ils disent, ni à ce qu’ils font, ils ne sont pas en pleine possession de leurs moyens ! » C’est la première impression que laisse la communauté chrétienne naissance, et ce n’est pas seulement le fait des foules qui regardent distraitement le phénomène, les autorités ont été rapidement inquiètes.

La fête de la Pentecôte n’est pas une « invention » chrétienne tardive, c’est une fête juive qui avait lieu 50 jours après la Pâque et qui représentait un pèlerinage très important, pour fêter les moissons. C’était l’occasion d’exprimer sa reconnaissance envers Dieu après la libération d’Egypte. A l’origine donc, la Pentecôte est une fête populaire liée à la liberté et l’unité retrouvée. La libération de l’esclavage en Egypte se transforme en possible libération de tout ce qui nous empêche, à commencer en nous-mêmes ; elle est symbolisée par le tombeau vide du matin de Pâques qui se transforme en seuil de porte ou en lieu de passage.

Pourtant, ce qui nous apparaît maintenant comme une évidence, était difficile à accepter pour les premiers chrétiens. C’est sans doute pour cela qu’ils étaient restés cloîtrés chez eux, par peur des représailles. Il leur a fallu un temps assez long pour passer de l’esclavage à la liberté, du deuil au retour de la vie dans toute son abondance. C’est ce que symbolise la moisson, 50 jours après la Pâque.

Ce temps de maturation, c’est justement la lente arrivée de l’Esprit, quand bien même il nous est figuré ici comme une irruption, un feu qui descend du ciel. L’Esprit Saint, c’est le temps qu’il faut pour sortir à son tour du tombeau et le laisser vide derrière soi. Le fruit mur tombe en une seconde, mais le murissement a pris des semaines. L’Esprit, c’est sans doute l’ensemble du processus. Et lorsque le feu descend sur les Apôtres, la vérité de ce qu’ils sont et de ce qui les attend leur tombe littéralement dessus !

C’est bien, au fond, que les Apôtres soient un peu longs à la détente, ils nous font comprendre à quel point recevoir l’Esprit est l’affaire, le travail de toute une vie. L’événement « pur » ne prend que trois versets, c’est peu si l’on pense à l’importance de ce qui se joue ici : la naissance de la communauté chrétienne. Luc va consacrer quelques lignes à l’impact qu’a l’événement sur les foules assemblées. Il y a également 14 peuples différents qui sont mentionnés : cela ne nous renseigne pas énormément, si ce n’est que Luc tient à nous renseigner sur l’audience réelle de ce qui se passe.

Mais l’important, comme souvent, ne se trouve pas dans le miracle apparent, ni dans les langues de feu, ni dans le renversement de la barrière des langues. Il est probable que sur ces 14 peuples énumérés, une bonne partie d’entre eux utilisaient le Grec comme langue internationale, ce qui veut dire que tous ceux qui sont nommés sont des civilisés et non des barbares.

Plus intéressant, peut-être, il nous est dit 3 fois que ces foules entendent, c’est-à-dire qu’elles comprennent ce qui leur est annoncé. Elles comprennent les merveilles de Dieu parce que le rôle de cette Eglise toute neuve est d’en faire part aux nations. Cette chose, murie et gardée dans un petit groupe de disciples, est maintenant destinée à tous parce que tous sont capables de l’emporter avec eux pour en vivre.

Quand Jésus était encore avec les disciples, il avait pris soin de les convaincre de se fier « la bonne nouvelle », qu’ils devaient considérer les choses autrement : depuis Pâques, la mort n’est plus qu’un événement qui a déjà eu lieu, il n’y a plus aucune barrière humaine habituelle, comme le dira plus tard l’Apôtre Paul : « En Christ, il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre ».

Ces soi-disant raisons de créer des séparations où il n’y en a pas n’ont plus lieu d’être ; au besoin, elles doivent être combattues ou dénoncées. Toutes les barrières qui ont cherché à enfermer Dieu quelque part n’ont plus lieu d’être non plus, les conventions sociales qui codifient nos relations avec lui n’ont qu’une valeur très relative. Cette fraternité humaine, cet art du lien si délicat, il reste à le vivre et le dire. Elle est là, la bonne nouvelle du salut.

Certains, face à ce message, ont réagi par la moquerie : il faut être un peu ivre pour croire à ce genre de choses. En revanche, les autorités de partout ont bien compris que l’équilibre des sociétés ne devait pas être menacé par ce genre d’utopie ou de promesse : ça ne les a pas faire rire du tout. On ne plaisante pas avec la Pax Romana : les persécutions devaient commencer assez rapidement, il fallait éradiquer le ver qui était dans le fruit.

Les « merveilles de Dieu », pour reprendre cette expression du texte, ne se trouvent pas dans ce que nous disons au sujet de Dieu, ni dans les institutions qui pensent disposer de lui. Elles se trouvent dans cette nouvelle liberté de vivre avec lui où que nous soyons, d’où que nous venions. C’est cette bonne nouvelle qui fait tant de bruit au moment de la Pentecôte. Mais, comme la longue venue de l’Esprit, elle prend du temps, elle prend son temps.

Dans l’épisode de Sodome et Gomorrhe, le feu qui descend du ciel éradique tout se qui bouge. Ici, il fait vivre, il éclaire et réchauffe. Il est l’Esprit.

C’est à nous, aujourd’hui, de recevoir l’Esprit. Il fait de nos paroles des paroles uniques, transmises dans toutes les langues qu’il nous est donné d’apprendre. Il fait de nous des Apôtres porteurs d’une bonne nouvelle : la communion et la fraternité sont à portée de main.

C’est toute la raison d’être d’une église qui se trouve ici. Dans notre repas de communion, tout à l’heure, nous accueillerons nos quatre catéchumènes : c’est dans cette église qu’ils ont grandi, c’est à partir d’ici qu’ils prendront soin à leur tour de la famille humaine.

 

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