Prédication du 30/05/2021

Prédication par Didier Petit

Texte : Jean XX 19-31

Jean 20, 19-31 – dimanche 30 mai 2021     

Pourquoi revenir sur ce texte du tombeau vide, plus tout à fait de saison ? N’est-il pas réservé au 1er dimanche après Pâques, là où les disciples retrouvent enfin le cher disparu ? Et bien, tâchons de déconfiner ce texte pour le remettre dans le contexte de l’après Pâques.

Jésus n’est-il pas en train d’annoncer un déconfinement d’un genre particulier ? Les disciples, claquemurés « par crainte des autorités », reçoivent leur premier envoi en mission ainsi que la réception immédiate de l’Esprit. La Pentecôte avant l’heure, en quelque sorte !

Nous lisons au verset 19 que les disciples se trouvent dans une maison dont les portes sont verrouillées. Puis, nous lisons plus loin, au verset 21 : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie ! »

L’intérieur représente une sécurité bien fragile, une position de repli qui est la seule position possible, en tout cas pendant un certain temps. L’extérieur est, de son côté, identifié à un danger, provisoire ou durable. Entre l’intérieur et l’extérieur se trouvent les murs et les portes de cette maison, comparables aux murs de la maison de Lazare et au tombeau vide de ces dernières semaines.

Nous trouvons un refuge bien naturel et bien compréhensible, à l’intérieur, comme si une sécurité relative devait suffire. Mais ces trois textes sur l’enfermement – dont nous lisons le troisième aujourd’hui – nous disent que nous sommes attendus à l’extérieur… de nos refuges provisoires et relatifs. La vie est ailleurs : il y a une (ou des) bonne(s) nouvelle(s) à annoncer ! Le temps du secret bien gardé est révolu, l’ouverture des portes symbolise la divulgation ! D’ailleurs, ne dit-on pas « délivrer » un message ?

Mais pour qu’une délivrance ait lieu, il faut être prêt. Ou bien, être mûr. Thomas semble hésiter, demander des gages, une assurance, une petite portion de plancher non vermoulu où poser son pied. Et les témoignages des autres ne suffisent apparemment pas à le rassurer : la confiance ne vient pas forcément de ce qu’on entend…

Dans un premier temps, Thomas refuse de se contenter de sources secondaires pour mieux préférer la source principale, le Seigneur lui-même, qui a le bon goût de faire une petite apparition. Il veut voir la trace des clous, il la verra. Il veut enfoncer sa main dans son côté, il l’enfoncera. Et il retrouvera peut-être la confiance.

Mais ce ne sera pas la fin de l’histoire pour autant. Rompant un deuxième enfermement (les disciples, Thomas compris, sont toujours entre quatre murs dans la même maison), Jésus apparaît pour la seconde fois. Tout se passe comme annoncé, et la confiance revient pour Thomas. Pourtant Jésus reprend la parole : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

Thomas nous est présenté par Jean comme le dernier représentant d’un groupe de privilégiés : voir et entendre la parole divine, en « direct live », en contact immédiat avec la source, un peu comme Adam et Eve, Noé, Moïse et bien d’autres qui conversaient avec le Très-Haut sans intermédiaire. Moïse avait pourtant dû se résoudre, il y a bien longtemps, à revoir ses prétentions à la baisse en descendant de la montagne avec une deuxième version des 10 commandements qui n’était déjà plus qu’une transcription, une œuvre humaine.

N’est-ce pas ce qui vient également d’arriver à Thomas ? Après lui et les autres disciples, il faudra laisser la source originale derrière soi, non pas pour l’oublier ou la reléguer au rayon des antiquités, mais pour renouer avec elle à travers le voile d’un relatif ou d’un provisoire à assumer ; accepter de l’apercevoir comme à travers un brouillard impossible à dissiper… et s’en contenter !

Cette Pentecôte avant l’heure est bien un double lâcher-prise. Celle de l’humain que nous tentons d’être et qui doit assumer son éloignement de la source, non comme une anomalie ou un accident, mais comme la pure normalité ! Adam et Eve ont dû accepter de ne parler de/à Dieu que de loin, Caïn aussi. Le bannissement était plus une mesure de sûreté qu’une véritable sanction. Un peu comme si Dieu nous disait : « Je sais que tu voudrais me parler face à face, mais je vais te demander de reculer de quelques pas, de quelques hectomètres, encore plus loin peut-être ; de là-bas, tu me verras et tu m’entendras. Moi aussi, je te verrai et je t’entendrai. Et ça ira comme ça ! »

De côté de Dieu aussi, il y a une forme de lâcher-prise : on n’incarne pas la Vérité pleine et entière, contenue dans un buisson ardent, sans savoir qu’on peut brûler ceux qui s’en approchent. Ici encore, rien d’anormal, la mise à distance est plus un geste d’amour et de considération qu’un réflexe de rejet.

Jésus apparaît deux fois dans ce texte pour rappeler cette évidence : notre condition, au quotidien, tant que le monde est monde, c’est de croire sans avoir jamais vu de près. Avoir confiance en un avenir encore à découvrir, encore à dire, toujours à partager. Laisser derrière nous nos illusions d’accaparer la Vérité, comme si on pouvait la confiner avec nous !

Si nous comprenons cela, nous sommes vraiment sortis du tombeau vide, bien entendu, mais nous sommes surtout à bonne distance, de nos illusions, dé-confinés jusqu’à la prochaine tentative/tentation de mainmise. Et nous sommes donc libres d’accumuler les traces de bonnes nouvelles qui nous font vivre, petits fragments d’un secret immense qu’il faudra partager avec d’autres, puisque l’heure de la divulgation a sonné.

N’est-ce pas cela l’Evangile, comme nous le suggère Antoine Blondin (Un singe en hiver) : « Un jour, nous abattrons les cloisons de notre prison, nous parlerons à des gens qui nous répondront, le malentendu se dissipera entre les vivants, les morts n’auront plus de secrets pour nous. Un jour, nous prendrons des trains qui partent. »

La rencontre avec le tombeau vide n’est pas un événement coincé dans la seule période de Pâques. Il dit, au contraire, toute la liberté qui est la nôtre dans le temps de l’Eglise : le temps de la divulgation de l’Evangile sous tous ses aspects, puisque l’heure a sonné.

Didier Petit

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