Prédication du 16/02/2020

Prédication par Martine Aggerbeck

NB : la version audio de cette prédication n’est pas disponible (problème technique)

Texte : Deutéronome XXX 15-16

 

« Vois : je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur, ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements ».

C’est Moïse qui prononce ces paroles, au soir de sa vie. Le livre du Deutéronome est presque achevé, il reste 4 petits chapitres. Depuis 40 ans, Moïse conduit le peuple d’Israël dans le désert, après la sortie d’Egypte et les voilà enfin aux portes de la terre promise. Mais Moïse n’entrera pas dans cette terre d’Israël, il va confier le troupeau à ses successeurs, il va bénir les 12 tribus d’Israël et lui-même va contempler la terre promise depuis le mont Nébo sans y entrer et mourir là.

Alors, à ce moment, il éprouve le besoin d’un dernier testament spirituel envers les hommes et les femmes qu’il a guidés et le texte de ce matin est la fin de ce dernier discours qu’il adresse au peuple.

Voici donc Moïse qui leur propose un choix : vie d’un côté, mort de l’autre ; bénédiction d’un côté et malédiction de l’autre. Un choix qui, vu ainsi, paraît évident, bien simple. Rien de cornélien dedans, il paraît évident que tout être sensé va faire ce qu’il faut pour choisir la vie et la bénédiction plutôt que la mort et la malédiction. Il faudrait être fou ou masochiste pour ne pas faire le bon choix.

Et pourtant, pourtant, c’est sans doute dans la nature humaine de ne pas suffisamment choisir le bon côté; trop souvent nous faisons le mauvais choix, quelquefois même inconsciemment, sans nous rendre compte de la portée de nos actes, de nos paroles ou de nos pensées.

Si nous revenons au temps de Moïse, souvenons-nous du peuple impatient qui se façonne un veau d’or en l’absence du prophète parti dans la montagne, un veau d’or, c’est-à-dire un faux dieu, une idole à adorer, alors que ce peuple avait pourtant vu le miracle de la mer qui s’était ouverte pour les sauver et ensuite engloutir l’armée de pharaon. Et pourtant, malgré ce miracle, le peuple est impatient en l’absence de Moïse et il se forge une idole en or, au risque de déplaire à Dieu.

Ainsi donc, on voit comment il est tentant parfois, bêtement, de renoncer à la Vie et à l’Amour de Dieu, par impatience, par manque de confiance dans le Seigneur, par manque de vision de ce qui est vraiment important. Moïse sait cela et c’est pourquoi, da      ns le passage lu ce matin, il exhorte Israël à faire le bon choix, à ne pas tenter Dieu, comme il l’a fait par le passé et à s’engager résolument sur le chemin de la Vie. Par cette exhortation, c’est nous aussi, chacun, chacune d’entre nous qu’il interpelle également pour nous mettre en garde, pour que nous restions vigilants, comme des guetteurs, pour ne pas nous créer de faux dieux, de nouveaux dieux, qui ne peuvent que nous détourner de Lui, l’Eternel.

Ainsi, il appartient à chacun et à chacune d’entendre ce message, ce message qui est dans la Parole, comme Moïse le dit au verset 14, juste avant le passage que nous avons lu : « La parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique ».

Ainsi Dieu a donné la Loi aux hommes par Moïse et, … des siècles plus tard, parce que, malgré ses commandements, cela n’a pas vraiment marché, il doit faire autrement et il envoie son Fils Jésus dans le monde, incarné en être de chair pour nous convaincre enfin, une bonne fois pour toutes, de son projet, de son Amour et que nous adhérions pleinement au projet de vie qu’il souhaite pour l’Humanité.

Jésus, dans l’Évangile de Matthieu dit donc à ceux qui le suivent, ses disciples, qu’il n’est pas venu pour abroger la Loi, pour anéantir cette Loi d’Israël, mais, au contraire, pour l’accomplir, c’est-à-dire accomplir la promesse du Père des cieux, à travers sa venue, cette promesse de vie, d’amour, de tendresse. En réalité, au moment où Jésus parle, la Loi donnée par Dieu à travers Moïse, Loi donnée sur la montagne, est devenue, au fil du temps, une compilation des choses permises et interdites, quelque chose de très technique et complexe mais qui a perdu l’esprit, l’âme originelle de ces commandements. Les hommes ont oublié l’essence première des commandements. C’est pourquoi Jésus est là pour les rafraîchir, les dépoussiérer, les nettoyer, comme un tableau ancien que l’on restaure en enlevant la crasse accumulée, le vernis qui a jauni et craquelé, pour que, de nouveau, les couleurs apparaissent dans toute leur beauté et que le message de l’artiste, dans sa peinture, redevienne central, saisissant, prenant, pour l’œil et pour l’âme humaine. Eh bien, Jésus est venu pour cela, remettre en perspective, après un bon nettoyage, l’essentiel de la Loi de Moïse. Et ce n’est pas anodin que, en parallèle de Moïse, Jésus soit aussi monté sur une montagne pour délivrer son message, comme cela est écrit au verset 1 : « A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. ».

Comme Moïse avant lui, Jésus met devant les hommes deux choix, la vie et la mort, la vie par Jésus, Jésus qui est l’eau, source de Vie, inépuisable et toujours offerte comme il le dit à la Samaritaine dans l’Évangile selon Jean. Et à l’inverse, il y a le feu dévastateur qui détruit tout. La loi de Dieu n’est pas un code de règlements mais elle est là pour permettre aux hommes et aux femmes de vivre en harmonie, en premier lieu avec Dieu mais aussi pour le « vivre ensemble » comme on dit actuellement, vivre ensemble qui manque cruellement à nos sociétés.

À chacun de choisir librement donc le chemin sur lequel il/elle s’engage, la colère contre son frère ou la réconciliation dès que l’on se rend compte de cette colère. Et même, Jésus explique qu’il est plus urgent de se réconcilier que d’apporter son offrande à l’autel, car finalement, le plus beau cadeau à apporter à Dieu, à apporter sur l’autel, c’est cette paix authentique entre les hommes, cet amour du prochain, ce chemin de vie. Ce vivre ensemble, c’est également ne pas convoiter la femme ou le mari de l’autre, pour actualiser le texte à notre époque, et c’est aussi être juste en cas de divorce.

Cette vie que propose Moïse, puis Jésus, cette Loi, peut sembler bien dure, bien austère à celui ou celle qui entend les textes pour la première fois, un nouveau-venu dans l’Église ; en effet, qui n’a jamais traité son frère, sa sœur, son conjoint, ou tout autre personne « d’imbécile ou de fou » ? C’est donc difficile de mettre en pratique cette Loi 100 % du temps dans notre vie, mais cependant elle ne doit pas être vécue comme une prison, un carcan.

Cette Loi n’est pas là pour nous enfermer dans des règlements absurdes, au contraire, elle est là pour nous libérer. Ces actes quotidiens, ces exemples proposés par le prophète et Jésus, cette vie, c’est tout d’abord et avant tout ne pas couper notre relation avec Dieu, quelles que soient les circonstances, même douloureuses de notre existence, c’est en permanence se tourner vers Lui, se retourner vers Lui. Cette relation avec Dieu est également, de par notre nature humaine, indissociable de notre relation avec notre prochain et elle propose de nous tourner vers ce prochain en permanence, d’essayer d’avoir un regard différent sur lui, même si ce prochain ne nous plaît pas vraiment, parce que chaque vie est importante aux yeux de Dieu.

Essayer donc de ne pas juger celui qui nous dérange, parce qu’il est différent, parce que nous ne l’aimons pas ou que nous n’aimons pas ses actes, parce que nous ne voulons pas vraiment interagir avec lui. Et en fonction de notre degré de relation ou de non-relation, cela peut se décliner en vraies retrouvailles avec quelqu’un de proche perdu de vue ou avec qui on était brouillé, ou en découverte d’un humain inconnu qui permet à une nouvelle relation de se nouer et, au pire, si la relation directe est trop difficile avec quelqu’un que l’on n’aime pas, ce peut être de prier pour cet autre, pour qu’il aille bien.

Choisir la vie, c’est donc en définitive faire ce que Dieu désire de nous, une relation par la prière, par nos actes, par le fait d’être en confiance avec Lui, de l’appeler au secours dans nos détresses, de Lui demander son Amour et son aide. Le but n’est pas de savoir si ce que nous pensons et ce que nous faisons est bien ou mal, si cela plaît à Dieu mais la question est : « suis-je en chemin vers Dieu ? Suis-je en relation, même encore imparfaite, avec le créateur ? Suis-je sur le chemin de la vie ?» Seul Dieu est parfait et donc notre relation sera toujours en deçà de l’idéal à atteindre et c’est bien pour cette raison que Jésus est venu pour nous sauver. C’est pour cela que nous devons jour après jour redresser la barre de notre navire pour tendre vers l’idéal proposé par Dieu, proposé par Jésus, l’aimer Lui et aimer notre prochain. Jésus a dit : « Heureux les pauvres » et ce terme peut s’appliquer à chacun d’entre nous parce que nous sommes pauvres au regard de Dieu par nos erreurs et nos faiblesses. Mais Jésus a aussi dit que nous sommes le sel de la terre et la lumière du monde si nous suivons son enseignement.

Le premier message est donc le suivant : faisons de notre mieux pour être le miséricordieux que Dieu espère, le sel avec du goût et la lumière du monde. Faisons de notre mieux, à notre vitesse avec nos qualités, pour choisir la vie que Dieu veut pour nous, parce qu’il nous aime, parce qu’il ne veut pas nous mettre dans un carcan par ses Lois mais au contraire nous les donner comme repères dans nos vies.

Le deuxième message est que, par nos relations avec les autres, si nous choisissons le chemin de Vie, le chemin de relations avec autrui, nous formons une équipe, une équipe d’ouvriers pour travailler dans le champ de Dieu, avec l’un qui plante, l’autre qui arrose et le troisième qui récolte les fruits au moment propice. C’est pour Dieu que nous travaillons. « Dieu seul compte, lui qui fait croître » dit Paul dans la première lettre aux Corinthiens (chapitre 3, verset 7).

Pour que cela fonctionne, il est donc indispensable d’entendre la Parole, la voix qui nous guide, la laisser s’exprimer, grandir, s’épanouir dans notre cœur : « La parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique », dit Moïse. Dieu, par Moïse, s’adresse individuellement à chaque israélite, et aussi à chacun et chacune de nous, c’est un message direct : Ton cœur, Ta bouche, écoute ce que Dieu dit à ton cœur et maintenant à toi d’être acteur, de choisir ce que ton cœur et ta bouche diront. Choisir d’écraser l’autre ou au contraire de lui faire un peu confiance ! Je trouve cela très actuel quand on voit comment certaines personnes se lâchent sur le Web dans des tweets, des messages sur Facebook ou autre moyen moderne, sans se poser la question de l’effet que cela peut avoir à distance sur la/les personne(s) mise(s) en cause. Et quand j’ai écrit cela, c’était avant la mise en cause de Benjamin Griveaux cette fin de semaine sur les réseaux sociaux.

Le message de Dieu à travers son prophète Moïse et à travers son Fils Jésus est simple : « Tu es libre, libre de choisir la mort ou la vie », et Dieu nous fait confiance pour que ce soit la vie qui triomphe, il nous dit que nous en avons la capacité, que nous sommes assez forts, si nous croyons en Lui, en son amour, si nous sommes connectés à Lui, pour que nous allions dans la bonne direction. A nous de répondre oui, même si nous trébuchons régulièrement sur le chemin, et alors se relever, se remettre en route en ayant foi en l’amour de Dieu, en Jésus Sauveur, en comptant sur lui pour nous épauler.

Amen

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