Le jardin de la résurrection

L’événement fondateur du christianisme se dit avec le mot de résurrection. Cet événement dont la confession traverse et soutient l’histoire de l’Église est traduit depuis plus de 2000 ans de bien des manières. Confesser que la puissance de Dieu est plus forte que la mort et que le crucifié est vivant, affirmer que par cette vie surgie de la mort, le sens de l’existence est renouvelé, que le possible advient là où on n’attendait plus rien, cela est traduit en témoignages de vie par des hommes et des femmes anonymes, illustres, proches, et nous tâchons de faire de même.

Cette confession de foi est également mise en récit par les quatre évangiles, mais seul l’évangile de Jean signale explicitement que l’aube du matin de Pâques s’est levée dans un jardin. Une femme, Marie de Magdala, cherche dans un jardin le corps de celui qui y avait été enseveli. Elle voit un homme et le prend pour un jardinier. Une femme, un homme, un jardin : ces quelques mots suffisent à évoquer un autre jardin, en Eden, un jardin de commencement et de création, un jardin à quitter pour habiter le monde et que se déploie l’humanité de chacun et l’humanité entière. Celui que Marie, éperdue de chagrin et sidérée par la mort, croit être le jardinier est le ressuscité. C’est en la nommant « Marie » que le Christ vivant l’arrache à la fascination de la mort et l’appelle au présent, à leur présence, à lui, à elle. Mais il interrompt l’élan de Marie qui tend les mains vers lui : « Ne me touche pas, ne me retiens pas ».

Le jardin de Pâques est autre que le jardin d’Eden. Si Marie est tentée de retrouver une relation passée, comme si la mort n’avait été qu’une simple parenthèse, la parole de Jésus la détourne d’un retour en arrière comme de l’appropriation du corps, de la personne, de la vie d’un autre.

Parmi tout ce que le récit de Pâques cultive dans un jardin, fleurit l’accueil de ce qui est donné à vivre de vie et de foi : toujours en recevoir et jamais en prédation ou en échange, toujours en relation dont autrui bénéficie. La tentation de l’appropriation d’autrui y est retournée en mission de service, à la manière du lavement des pieds que Jésus a établi comme signe des disciples. C’est ainsi que la vie jaillit, encore et à nouveau dans les jardins des vies humaines.

Dominique Hernandez

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