Et pourtant… une lumière se lève
Le récit de Matthieu raconte la fragilité des petits face à la violence du pouvoir. Entre l’étoile qui guide les Mages et le massacre ordonné par Hérode, on va de l’émerveillement à l’effroi. La chaleur de nos Noëls en famille est sûrement préférable à la violence du monde, mais l’Évangile nous ramène à la réalité : la naissance de Jésus s’inscrit dans un contexte où les puissants ont peur, où l’exil est parfois la seule voie de survie, où des innocents paient le prix des ambitions politiques.
Difficile de lire ce passage sans penser à l’actualité internationale. Des enfants pris dans les conflits en Europe et au Proche-Orient ; des familles entières fuyant des massacreurs sur les routes du Darfour ; des réfugiés cherchant désespérément un avenir ; des dirigeants crispés, poursuivant coûte que coûte des rêves impériaux… Le cri étouffé de Rama évoqué par Matthieu n’a rien perdu de sa force. Hélas.
Et pourtant, au cœur de ce récit sombre, une lumière persiste. Elle ne nie pas la réalité, elle ne l’enjolive pas, mais elle ouvre un autre horizon. L’espérance biblique tient souvent à peu de choses : une étoile aperçue dans la nuit, un rêve qui avertit, un chemin imprévu vers l’Égypte, un bébé préservé quand tant d’autres meurent. Rien d’impérial, ici, mais des signes discrets et porteurs d’avenir.
Dans notre monde saturé d’informations anxiogènes (et souvent fausses), nous avons peut-être besoin de réapprendre à repérer les signes discrets de la vie qui avance. Ils apparaissent dans la communauté même où nous vivons : dans les temps de culte qui rassemblent, dans les rencontres bibliques qui nourrissent la réflexion, dans les concerts, conférences et expositions qui ouvrent l’esprit, dans les actions de solidarité que notre Église porte avec constance.
L’Église à laquelle nous appartenons n’a pas pour vocation d’imposer des croyances, mais d’encourager la liberté, la responsabilité et la confiance. Lire Matthieu 2 aujourd’hui, c’est reconnaître que les Hérode existent encore – mais que leur pouvoir n’est pas le dernier mot de l’histoire. Nous fêtons encore la force de la fragilité plus de deux mille ans après, mais qui se souvient encore d’Hérode ou de César, en dehors des historiens ? Le Dieu de Matthieu choisit toujours la voie de la vie, au milieu des vulnérables, pour mieux nous assurer que les forces de mort sont déjà en train de disparaître.
Dans l’ombre des drames de notre époque, une étoile brille encore. Elle ne nous dispense pas d’agir, mais elle nous donne une direction. Elle ouvre un espace où l’espérance peut devenir une manière de résister, de bâtir, et de croire que l’avenir n’est pas condamné. À notre tour de suivre cette lumière, modestement, mais résolument.
Didier Petit (pasteur)
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