L’attitude de Jésus est frappante : d’un bout à l’autre, il semble avoir une bonne opinion de ces gens rassemblés, il croit en leurs capacités et semble leur donner les derniers conseils qu’on donne à quelqu’un dont l’équipement pour la vie est à peu près complet. Aimer ses ennemis, jusqu’à quel point ? Quelle curieuse idée de nous inciter à « dépenser » le temps sans compter, alors qu’il nous en reste chaque jour un peu moins ! Quelle audace de nous demander de ne pas attendre un minimum de réciprocité !
Qu’est-ce qui pourrait nous aider à aimer les autres et les servir au point de nous oublier ? Essaierait-on de nous faire changer de nature ? Comment nous décider à donner notre essentiel, et pas seulement notre superflu plus facile à lâcher ?
Jésus est peut-être en train de préparer la foule et les disciples à l’idée de ressembler à ce bon Samaritain dont il sera question bientôt. Il avait rencontré un blessé que personne n’avait secouru, il l’avait ensuite conduit dans une auberge en s’assurant que des soins lui seraient prodigués même après son départ.
En nous provoquant avec son altruisme impossible, Jésus n’essaie pas de nous transformer en autre chose ; il se pourrait, en revanche, qu’il nous incite à trouver en nous des possibilités d’altruisme supérieures à ce dont nous nous sentons capables. C’est à ce moment-là que nous devenons Fils du Très Haut.
Ce qui doit nous réjouir ici, et non pas nous décourager devant l’ambition de Jésus pour cette foule dont nous faisons tous partie, c’est la confiance qui nous est faite. Le regard de Jésus sur cette foule est justement cette attente confiante qui parie sur le moment où nous sommes capables de nous oublier. Dans ces moments-là, rien de dénombrable n’est perdu puisque ce n’est pas une question de quantité. Nous ouvrons des possibilités de vie là où il n’y en avait pas, ou plus ou pas encore. Et nous étions là au bon moment, disponibles et prêts. Personne ne nous a rien pris.
Le balancier permanent entre le vouloir et le faire, voilà notre principal problème, notre grande affaire. Agir par l’Esprit Saint, qu’est-ce que c’est, sinon provoquer « le moment favorable », ce point d’équilibre où les contradictions et les forces opposées ne nous emportent plus avec elles ? N’est-ce pas à ce moment précis que nous sommes Fils du Très Haut ?
Didier Petit (pasteur)
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