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Votre Dieu est aussi le mien !

Jésus choisit de faire irruption dans la vie de ce lépreux par des paroles, mais aussi des gestes que nous n’oserions pas faire. Le véritable miracle, ici, c’est de ramener quelqu’un à ce que la vie a de bon, de beau, de désirable.

Il ne s’agit pas d’être dans la recherche de prodiges ou de miracles, mais de savoir que le caractère plus ou moins habitable du monde dépend de nous. Jésus est ici le témoin permanent, le rappel vivant que ce cheminement ne s’arrête jamais. Il suffit de retrouver ses paroles et ses gestes pour se sentir ramené à ce programme ambitieux.

Si ce lépreux paraît infréquentable, ce n’est pas parce qu’il paierait sa dette à la société après s’y être mal conduit. Il n’est pas condamné à cause de ce qu’il nous aurait infligé, il ne nous a rien fait de spécial ; mais nous en avons fait une personne tellement spéciale que nous ne voulons pas le garder près de nous, au cœur du foyer, là où tout le monde se réchauffe.

Cet homme reste un homme, même s’il est lépreux, c’est son principal attribut, et on le traduit par un substantif. Nous devrions dire « un homme atteint de la lèpre ». Mais peu à peu, le substantif homme a disparu, et l’adjectif lépreux a pris sa place. Jésus rend à ce lépreux la qualité d’homme que le regard des autres lui avait volée.

Mais il y a un autre miracle dans ce texte, plus précoce que le geste qui sauve. C’est l’attitude de cet homme qui décide de lui-même, sans invitation ni rendez-vous, de transgresser les règles de bannissement qu’on lui impose : il a eu assez de foi pour attirer l’attention de tous et dire à cette foule qui ne voulait pas de lui : « Rendez-moi ma qualité d’homme ! Vous m’avez privé de votre compagnie certes, mais en me fichant dehors, vous m’avez surtout éloigné du Dieu qui habite au milieu de vous. Eh bien, ne vous en déplaise, c’est aussi le mien ! » Le salut/guérison mis en récit par Marc est un mouvement qui trouve son énergie dans le besoin de ne pas être privé de l’essentiel.

Dans ses Propos sur le bonheur, le philosophe Alain écrivait : « Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait du bois au feu, au lieu de pleurnicher sur des cendres ! » Rappelons-nous la détermination tranquille de ce lépreux qui a réclamé son dû. Il en avait seulement marre d’avoir froid…

Didier Petit (pasteur)

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© Image à une de KAL VISUALS sur Unsplash

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