Archives des étiquettes : 1 Corinthiens XII

Prédication du 10/09/2017

Prédication par Dominique Hernandez

Texte : 1 Corinthiens XII 12,27

Aujourd’hui, nous allons lire une fable.

Dans le Nouveau Testament, il y a une fable, une vraie fable, comme celles de M. de La Fontaine, mais ce n’est pas une fable de La Fontaine, c’est une fable de Paul. Cet apôtre qui écrit des lettres si compliquées, il a écrit, dans une de ces lettres, une fable où il met en scène et où il fait parler… pas un corbeau ni un renard, ni un loup ni un agneau, alors quoi ?

 12En effet, comme le corps est un, tout en ayant une multitude de parties, et comme toutes les parties du corps, en dépit de leur multitude, ne sont qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.

13Car c’est dans un seul Esprit que nous tous — soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres — nous avons reçu le baptême pour appartenir à un seul corps ; et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.

Dans la fable de Paul, il est donc question du corps. Vous savez ce que c’est, vous en avez tous un. Vous ne pourriez pas être ici sans votre corps.

Mais il y a un autre genre de corps que nos corps. On appelle aussi corps un groupe de personnes rassemblés par des mêmes coutumes, des mêmes règles, de mêmes lois, un même métier. Par exemple, on parle du corps médical, du corps professoral, du corps diplomatique, du corps de ballet, du corps pastoral…

Le corps dont Paul parle n’est pas un corps de métier : c’est le corps du Christ et c’est une très belle manière de parler de l’Église. C’est à dire de nous ! Nous formons le corps du Christ. Il n’y a pas que nous pour former ce corps, mais nous le sommes aussi, ici, ce matin. Ce qui nous relie en corps, c’est une foi, c’est une question, c’est une quête, ce peut même être un doute, c’est une rencontre, c’est un appel, qui en deux mots se dit : Jésus-Christ.

Alors, la fable ?

14Ainsi le corps n’est pas une seule partie, mais une multitude.

15Si le pied disait :

« Parce que je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps »,

il n’en ferait pas moins partie du corps.

16Et si l’oreille disait :

« Parce que je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps »,

elle n’en ferait pas moins partie du corps.

17Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ?

S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ?

Paul fait parler différentes parties du corps : pied, main, oreille, on pourrait allonger la liste :…

Et quel est le but de Paul. Que veut-il faire comprendre avec cette fable ?

Qu’un corps est composé de parties différentes les unes des autres et que c’est l’ensemble qui fait le corps. Regardez bien vos voisins : ils ne sont absolument pas pareils que vous. Cela se voit, rien qu’à l’apparence, et si on se mettait à discuter d’une question, n’importe laquelle, au hasard : qui est Jésus-Christ pour moi ? Et bien après un long silence, il y aurait des tas d’expressions différentes !

Et c’est beau, c’est bien, c’est très bien. Depuis la première page, la Bible raconte un Dieu qui crée non pas de l’uniforme ni du pareil, mais de la diversité et c’est dans ce réel de diversité, bon et beau, que l’Évangile et l’Esprit se font sentir et sont à l’œuvre.

18En fait, Dieu a placé chacune des parties dans le corps comme il l’a voulu. 19Si tous étaient une seule partie, où serait le corps ?

Quelle tristesse et quel ennui si nous étions tous semblables : Toni comme Louise, Manon comme Yannick-Antoine, Henri comme Agnès… Plus de créativité, plus de rencontres, toujours les mêmes et la même chose.

Paul raconte une fable pour la diversité ! Mais ce n’est pas tout !

20Maintenant donc il y a une multitude de parties et un seul corps. 21L’œil ne peut pas dire à la main :

« Je n’ai pas besoin de toi »,

ni la tête dire aux pieds :

« Je n’ai pas besoin de vous. »

Ce n’est pas seulement pour célébrer la diversité que Paul a écrit cette fable. Il a une conviction supplémentaire à faire passer : le besoin les uns des autres. On se comprend facilement solidaire dans un groupe, y compris dans l’Église. Mais là, il ne s’agit pas de solidarité, mais de dépendance. Avoir besoin des autres, avoir toujours besoin des autres. Avoir besoin de Dieu, passe encore, mais avoir besoin des autres ! A quoi ça sert de grandir, si c’est pour toujours avoir besoin des autres. Besoin pour quoi d’ailleurs ?

 

Avant de répondre, il faut suivre Paul, encore plus loin. Ce qu’il écrit ensuite, ce n’est plus sous la forme d’une fable, mais il est possible d’inventer un mode fable pour le dire. Par exemple, raconter que :

– chaque jour, l’œil dirait au petit doigt de pied : cher ami, chaque matin, ma joie, c’est de te voir !

– ou que le cerveau dirait à la main : prenons le coussin pour poser sous les fesses !

– ou que… je vous laisse trouver d’autres idées.

Ce que Paul veut faire comprendre après la fable, il l’écrit ainsi :

22Bien au contraire, les parties du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires ; 23et celles que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi ce sont nos parties les moins décentes qui sont traitées avec le plus de décence, 24tandis que celles qui sont décentes n’en ont pas besoin.

Il n’y a pas beaucoup de groupes ou de sociétés d’humains dans lesquels les plus faibles sont un besoin, dans lesquels ils sont nécessaires, même indispensables et où ils sont honorés. La plupart du temps, les plus faible, les moins forts, les moins performants, les moins honorables sont rejetés ou mis dans un coin et surtout qu’ils ne dérangent pas !

Dans le corps qu’est l’Église, les plus faibles, les moins honorables sont indispensables. Plus faibles et moins honorables selon les manières de penser habituelles dans les groupes humains bien sûr !

Ce pourrait être par exemple les plus jeunes : qui a moins de 20 ans ?

Ce pourrait être les plus âgés : qui a plus de 65 ans ?

Ce pourrait être les derniers arrivés dans le groupe : qui est dans la paroisse depuis moins de 10 ans ?

Ce pourrait être ceux qui sont venus d’ailleurs : qui n’est pas né dans l’ERF ou l’EELF ?

Ce pourrait être ceux qui ne s’impliquent tout le temps pas à fond : qui n’a pas encore lu le bulletin de septembre de la première à la dernière ligne ?

En fait, Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, 25pour qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que toutes les parties du corps s’inquiètent de la même façon les unes des autres.

26Et si une partie du corps souffre, toutes les autres souffrent avec elle ;

si une partie du corps est glorifiée, toutes les autres se réjouissent avec elle.

Il peut y avoir beaucoup de critères pour faire des catégories, des classements, pour poser des appréciations, voire mettre des notes.

Mais dans l’Église, les plus faibles, les plus petits, les moins honorables, les moins considérés, c’est en eux qu’on peut voir le visage du Christ, lui qui marchait sans avoir de toit sur sa tête, lui qui est mort sur une croix entre deux malfaiteurs. C’est pourquoi ils sont indispensables, ces petits. C’est pourquoi nous avons besoin de ceux qui sont considérés comme moins honorables. C’est en eux que nous pouvons voir le visage du Christ.

Que serait une Église où l’on ne trouverait que des champions ou des héros ? Une Église dont le Christ serait absent. Donc une Église qui ne serait pas le corps du Christ. Et ce serait très triste.

Ce qui disloque l’Église, ce sont les complexes d’infériorité ou de supériorité, les préjugés, l’indifférence. Mais la foi de l’Église est en celui qui s’approchait des plus humbles, des plus méprisés, des plus rejetés.

Ce qui articule le corps de l’Église, c’est l’attention, le soin, l’inquiétude des uns pour les autres, particulièrement envers les plus petits, les plus faibles, les plus fragiles, les plus inutiles. C’est un témoignage de foi autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté. A l’intérieur pour que la conscience du corps, la conscience de la communauté demeure vive. A l’extérieur parce que si la communauté est corps, c’est aussi pour être en relation, présente et reconnaissable à l’extérieur, au-delà d’elle-même, dans le monde, avec un regard, une écoute, une action, une sensibilité propre.

 

 

 

 

 

 

27Vous êtes le corps du Christ, vous en faites partie, chacun pour sa part.

Regardez vous encore un peu les uns les autres : cette belle diversité, c’est bon, c’est très bon, c’est un véritable don de Dieu qui nous appelle à être Eglise.