Prédication du 11/09/2022

Prédication par Didier Petit

Texte : Psaume 104

Psaume 104

Je pense que vous avez remarqué, en entendant ce très beau Psaume 104 tout à l’heure, à quel point celui qui l’a écrit est dans l’admiration devant cette terre qu’il a sous les yeux.

Il n’y a pas de mots assez forts pour décrire les rivières, les montagnes, la beauté des paysages. Cela paraît simple de le dire comme ça, mais au fond c’est important l’admiration, l’émerveillement devant ce que le monde a de beau, devant sa capacité à se perpétuer, se renouveler.

Peut-être que nous comprenons mieux l’émerveillement exprimé dans ce Psaume lorsque l’actualité nous donne, par un contraste effrayant, les images terribles de ces dégradations causées à la nature, souvent dues à l’excès de notre activité humaine. Cette année a été particulièrement terrible de ce point de vue : un canicule accompagné d’une sécheresse sévère, des phénomènes climatiques qui nous disent que nous basculons clairement vers autre chose, des zones toujours plus grandes qui deviennent définitivement ou du moins durablement habitables.

Nous avons tous vu ces images d’un printemps torride qui a produit en Inde, au Bangladesh et au Pakistan, des températures avoisinant les 50 degrés. Ces températures existent sur terre, dans des régions désertiques bien connues : certains endroits du Sahara en Afrique, le désert de Gibson en Australie, la Vallée de la Mort en Californie, le désert de Gobi en Mongolie, etc. Seulement, le climat qui règne dans ces régions est le même depuis très longtemps, assez longtemps pour qu’on dise de ces lieux qu’ils sont inhospitaliers : presque personne n’y vit, et tout le monde sait pourquoi !

Seulement, l’Inde, le Bangladesh et le Pakistan font partie des zones habitées les plus denses de toute la planète ! Ces trois pays totalisent presque 2 milliards d’habitants, presque le quart de toute l’humanité. Si ceux qui habitent ces pays doivent sous peu se demander s’il est encore possible dans un avenir proche de continuer à vivre là, les conséquences sont incalculables !

Nous avons également vu ces images désolantes de la disparition de près d’un quart des séquoias du parc national de Yosemite en Californie. Au 12 juillet dernier, 2 millions d’hectares avaient brûlé ! Même choisi en France, près de la dune du Pila, au Portugal, en Russie, etc. Les feux de brousse, il y a deux ans, avaient aussi ravagé l’Australie : 180 millions d’hectares avaient été détruits en janvier 2020, pendant l’été austral, soit 180 mille kilomètres, les tiers de la superficie de la France.

J’arrête là la liste très longue des catastrophes récentes pour revenir à notre Psaume 104. En lisant ce texte, on se dit que ça devait être plus simple à l’époque de s’émerveiller devant une nature qu’on imagine assez intacte, en tout cas moins impactée par l’activité humaine. A l’époque du roi David, il n’y avait pas 8 milliards d’humains, il n’y avait que 150 à 200 millions, soit la population de pays comme le Japon, la Russie, le Brésil ou le Nigéria, mais éparpillée sur l’ensemble de la planète.

Mais ne croise pas que celui qui a écrit ce Psaume était un naïf, un doux rêveur. Au contraire, il était très lucide sur ce qu’est l’être humain ; c’est sans doute pour cela qu’il termine ce Psaume en disant : « Que le mal disparaisse de la terre, que la méchanceté n’existe plus ! » Il savait à quoi s’en tenir : de ce côté-là, nous n’avons pas changé.

Pourquoi est-il si important pour le psalmiste de s’émerveiller de notre terre ? Parce que cela nous donne le courage de défendre ce qui a de la valeur. Quand on a appris à aimer quelque chose, sa région, sa ville ou son pays, et au-delà de la terre qui est notre patrimoine commun, on en retire une estime, une admiration qui pousse à défendre ce qu’on aime. On refuse qu’il lui arrive quelque chose de mauvais. On ne défend de tout son cœur que ce qu’on a appris à aimer, ce pour quoi on a de l’admiration, ce pour quoi on s’émerveille à chaque nouvelle rencontre. Tout se passe comme si l’auteur du Psaume 104 nous incitait à aimer pour mieux défendre.

Mais s’arrêter là serait insuffisant. S’émerveiller permet aussi de regarder au-delà de nous-mêmes, d’abord pour contempler cette terre extraordinaire, ensuite pour entrer en communion avec son auteur. C’est un peu la même différence qu’entre une icône et une idole. Une idole est un objet qui prétend enfermer Dieu, et rester opaque pour mieux attirer l’attention sur elle seule. Une icône se laisse regarder, admirer, mais elle sait rester assez transparente pour renvoyer à Dieu, elle se contente d’orienter le regard vers plus grand et plus haut qu’elle.

La création, pour l’auteur du Psaume 104, est bien entendue une icône : elle se laisse regarder, admirer, mais elle sait surtout renvoyer à Dieu, à celui qu’elle ne cache qu’en partie. Savoir s’émerveiller, dans ce sens-là, c’est se retrouver en situation d’entrer en communion avec celui qui se cache derrière sa création, mais se sert aussi d’elle pour se montrer.

Je m’adresse à tous, mais tout particulièrement aux jeunes de nos groupes de KT qui se sont présentés tout à l’heure. Cette terre extraordinaire, on vous en parle beaucoup et partout : ici, bien entendu, mais aussi à l’école et dans l’actualité quotidienne, et c’est une très bonne chose. Il se peut que vous entendiez à ce sujet des choses un peu angoissantes, inquiétantes, surtout quand on voit l’ampleur des problèmes qui se posent à nous aujourd’hui. C’est en particulier à votre génération qu’il appartient de prendre conscience de l’enjeu de la sauvegarde de la création.

Mais je crois aussi que votre responsabilité va plus loin que de dresser simplement la liste assez longue des problèmes à résoudre. Il y en a beaucoup, c’est entendu, mais votre vie ne devra pas être enfermée dans cette seule tâche. Il y a autre chose qui vous attend : restez aussi capables de vous émerveiller de cette nature riche et variée qui est notre grande maison commune, apprenez à l’aimer pour pouvoir mieux la défendre. On ne défend bien que ce qu’on aime.

Et surtout : vivez une communion simple et vraie avec ce Dieu qui, au fond, ne se cache qu’à moitié derrière cette terre extraordinaire. Sachez le sentir à l’œuvre derrière les choses, exercez votre regard et sollicitez librement celui qui les habite, invisible et présent.

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