Retour sur le synode national de Mazamet (26 au 29 mai 2022)

Du 26 au 29 mai dernier, se déroule à Mazamet (81) le 10e synode national de l’Église Protestante Unie de France. Le thème synodal, cette année, portait sur « La mission de l’Eglise et les ministères ». Voici les deux textes importants adoptés par le synode national.

 

Décision n° 17 — Sujet synodal « Mission de l’Église et ministères » (Adoptée ; 93 voix pour, 1 contre)

Charte pour une Église de témoins

Préambule : Élaborée à partir des retours des synodes régionaux, cette charte est un texte dans lequel nous nous accordons sur un élan commun, un texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères.

L’Esprit Saint nous encourage à témoigner de l’amour de Dieu, en paroles et en actes () il est, sans aucun mérite de sa part (…) Il nous appelle, avec d’autres artisans de justice et de paix, à entendre les détresses et à combattre les fléaux de toutes sortes. (Déclaration de foi de l’EPUdF — extraits)

En communion avec les chrétiennes et les chrétiens de tous les temps et de tous les lieux… Emerveillons-nous de l’amour de Dieu pour le monde et pour chacun, allons vers les autres, ouvrons-nous à l’accueil, faisons de la mission de l’Église notre joie, ayons confiance en la puissance de l’Esprit Saint !

* * *

A – Emerveillons-nous de l’amour de Dieu pour le monde et pour chacun

1. Le grand mouvement de l’amour de Dieu pour le monde (Jn 3,16), rétabli en Jésus-Christ et porté par l’Esprit Saint, est la source de notre émerveillement et de notre joie.
2. Notre vocation de témoins est d’accueillir et de partager cette bonne nouvelle pour la Création tout entière. Nous recevons cet appel dans l’écoute de la Parole de Dieu, la prière et la communion fraternelle, mais aussi en cheminant avec les femmes et les hommes de notre temps, sensibles à leurs joies et attentifs à leurs cris.
3. Avec ses dons reçus de Dieu et dans la conscience de ses limites propres, chacun de nous peut prendre sa part de mission, aussi modeste soit-elle, et dire « je » en témoignant du Christ.
4. Certains, collégialement ou personnellement, ont reçu des dons particuliers pour agir de manière spécifique au bénéfice du témoignage de toute l’Église. Celle-ci est appelée à discerner, reconnaître, former et accompagner ces personnes dans le cadre de services (ministères) pouvant s’exercer depuis la communauté locale jusqu’à l’Église universelle.
5. Nous le savons, nous le confessons, l’Église n’a pas sa raison d’être en elle-même. Elle ne peut vivre que par Dieu et pour les autres.

B – Allons vers les autres, ouvrons-nous à l’accueil

1. N’oubliez pas de pratiquer l’hospitalité (Hb 13,2)… Accueillir, c’est ouvrir les portes de nos églises et de nos cœurs, c’ est se laisser bousculer par l’Esprit saint et la présence de l’autre qui me questionnent et me transforment.
2. Le royaume des cieux est au milieu de nous… (Lc 17, 21) Aller vers l’autre, c’est d’abord le saluer dans la paix de Dieu (Lc 10, 5). C’est faire connaissance, se laisser accueillir dans son monde, se mettre à son écoute et apprendre à parler son langage. Ni moi ni mon Église ne sera plus les mêmes.
3. Le Christ s’est dépouillé lui-même (Ph 2, 7) pour se faire serviteur… Témoigner du Christ, c’est se dépouiller de notre assurance et, dans notre faiblesse, aller vers l’autre pour le servir.
4. Je suis avec vous tous les jours (Mt 28, 20) dit Jésus… Une Église de témoins, c’est une Église pour tous les âges, qui chemine et agit au long cours avec des femmes et des hommes libres, aux parcours variés et souvent inattendus.

C – Faisons de la mission de l’Église notre joie

1. Sans moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5)… Le Christ nous donne de témoigner de l’Évangile, et pour cela il nous faut sans cesser le recevoir avec foi. Au cœur des mutations de notre temps, par la prière, l’étude, l’apprentissage d’une vie de disciple, l’interpellation des autres, Dieu nous prépare à être ensemble ses témoins, avec une intelligence renouvelée (Rm 12, 2 ) et avec la force de
surmonter les obstacles personnels et communautaires.
2. Par mes œuvres je te montrerai ma foi (Jq 2, 18)… Nous voulons évangéliser et ce service est rendu en paroles et en actes. Annoncer la Bonne Nouvelle de la grâce de Dieu et mettre en pratique sa justice, notamment dans la diaconie, sont pour nous indissociables, tout comme le sont l’amour de Dieu, l’amour du prochain, la réconciliation du monde.
3. Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir (Mc 10, 45)… Nous voulons témoigner du trésor de l’Évangile et participer à la transformation du monde à la suite du Christ (Mt 10,8). Être Église du Christ, c’est discerner, dénoncer et combattre les injustices, s’engager avec d’autres en faveur et avec les plus fragiles, et devant l’urgence de la situation écologique, se placer dans une attitude d’accompagnement
et de responsabilité. Être Église du Christ, c’est chercher à vivre la fraternité universelle, au bénéfice de toute la Création.
4. Attachés à la liberté de l’Esprit et à la communion fraternelle (1 Co 1, 9-10), nous nous réjouissons de la créativité et de la diversité de nos sensibilités et des engagements pour porter la mission de toute l’Église. Nous savons que nos gestes parlent et que nos paroles portent dans les débats du monde, quand nous les vivons dans la confiance, l’espérance et l’amour (1 Co 13, 13). C’est là que nous trouvons le goût d’une vie plus forte que la mort et toutes ses puissances.

D – Ayons confiance en la puissance de l’Esprit Saint !

1. Grâce à l’Esprit, chacun de nous est témoin du Christ (Ac 1, 8)… L’Évangile est une Bonne Nouvelle pour tout être humain et il peut résonner en toute langue et toute culture. Là où nous nous trouvons, nous pouvons exprimer avec l’assurance l’espérance qui est en nous (1 P 3, 15).
2. La diversité est une réalité de nos sociétés et de notre Église. Nous nous réjouissons que l’Évangile de la Grâce se vive et se dise de différentes manières.
3. Pour renouveler notre témoignage dans des contextes qui ne cessent d’évoluer, nous croyons que l’Esprit Saint suscite toujours de nouveaux dons (charismes), ministères et ministres. Accueillons-les avec reconnaissance et avec joie, quitte à nous laisser bousculer.
4. À l’écoute de l’Esprit, nous nous efforçons d’exercer un discernement critique à l’égard de notre propre témoignage : il doit rester ferment de liberté et de justice, conformément au témoignage biblique (Ga 5).
5. Nous voulons aussi exercer un discernement critique à l’égard des idoles et des idéologies qui traversent le monde et ses cultures, et tentent de se substituer à la Parole de Dieu. Dans des dialogues fraternels et exigeants — qu’ils soient œcuméniques, interreligieux ou interculturels — nous voulons témoigner de l’amour et de la vérité du Christ jusqu’au bout du monde.

Envoi

Heureux es-tu : le Christ vient à ta rencontre !
Il te préfère, t’appelle, t’entraîne, t’inspire.
Avec d’autres, tu deviens témoin du projet d’amour et de justice de Dieu pour sa Création.

 

Décision n° 18 — Sujet synodal « Mission de l’Église et ministères » (Adoptée ; 93 voix pour, 0 contre)

Mission de l’Église et ministères : grandes orientations

Puisque la Mission est au cœur de la vie de l’Église, dans la dynamique de la « Charte pour une Église de témoins », n’ayons pas peur, osons, nous avons toujours quelque chose à partager ! Nous pouvons rêver, construire des projets ensemble (Églises locales, Union nationale, communautés,
œuvres et  mouvements), saisir des opportunités, chercher, trouver, adapter, valoriser les moyens que nous avons ou dont nous aurons besoin pour les faire vivre… Nous voulons en particulier, pour les années à venir :

A. Approfondir notre vie en Christ, source de la Mission

1. En retrouvant sans cesse dans la prière et l’écoute de la Parole, le Christ qui nous rassemble et nous envoie.
2. En poursuivant accessible le développement des programmes de découverte et d’approfondissement biblique et théologique, à la diversité des âges, des cultures et des situations.
3. En proposant dans nos lieux d’Église une diversité d’accompagnements spirituels.
4. En s’encourageant les uns les autres au témoignage dans et hors de nos temples et de nos églises par l’organisation de formations et de partages d’expériences.

B. Nous engageons dans la Mission de Dieu au cœur du monde

1. En travaillant à notre compréhension du monde et de ses ressorts (socio-politiques, idéologiques, éthiques), et en adaptant notre présence et notre action en son sein, en lien avec l’Église universelle, ses instances représentatives, et les œuvres et mouvements.
2. En mettant en place un accompagnement des Églises locales/paroisses dans l’élaboration de projets de vie récents sur la mission (ex : outils d’analyse, aide à la mise en œuvre…).
3. En travaillant en partenariat avec les mouvements et associations qui sont parties prenantes de la mission de l’Église (aumôneries, entraides et diaconats, institutions, mouvements de jeunesse, Église verte, monde du travail et de la culture…).
4. En collaborant avec les autres Églises d’ici et d’ailleurs, dans un souci constant d’unité, et en favorisant le dialogue interreligieux et interculturel.
5. En inventant d’autres lieux et formes de présence au plus près de nos contemporains, et en s’engageant avec eux dans la vie de la cité.
6. En développant des modes et des outils de communication qui sont disponibles aussi bien localement que pour l’ensemble de notre Église.
7. En développant des outils et des soutiens concrets pour des projets missionnaires.

C. Oser de nouvelles formes de vie d’Église : ouvertes, inclusives, réceptives.

1. En évaluant sans cesse nos pratiques d’accueil et en veillant à notre vie communautaire, en particulier avec les jeunes et les nouveaux venus dans l’Église.
2. En cultivant la créativité dans nos célébrations, dans l’attention à la diversité de ses participants (ex : musique, formes liturgiques…).
3. En se laissant interpeller par des situations missionnaires nouvelles jusqu’à expérimenter de nouvelles formes institutionnelles locales, régionales ou nationales, en concertation les uns avec les autres.
4. En pensant globalement une formation continue ouverte à tous, en charge ou non d’un ministère, et sur la base d’une culture ecclésiale commune, diversité enrichie par une théologique, cultuelle et culturelle.

D. Repenser nos ministères et leur insertion dans l’Église, en fonction de la Mission aujourd’hui.

1. En aidant à discerner les dons de chacun dans l’Église, au service de son projet missionnaire.
2. En encourageant la diversité des ministères dont notre Église a besoin (ministère local, régional ou national, personnel ou collégial).
3. En mettant en place de nouveaux ministères qui répondent aux besoins actuels de la mission de l’Église, et en prévoyant de nouvelles formes institutionnelles propres à les accueillir et à les héberger.
4. En accompagnant tous les ministères dans leur dimension missionnaire, et dans une spiritualité ouverte au monde.

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