Le Royaume comme rivière sous-terraine

Les métaphores végétales ont ceci de merveilleux qu’elles nous font penser très simplement à ce qui compte pour nous, comme nos enfants ou nos communautés. L’état des Églises, aujourd’hui, pourrait nous paraître décourageant si nous le comparions à cette petite graine modeste destinée à devenir un lieu d’accueil et de repos. C’est bien ce que nous souhaitons à nos enfants… et à nos communautés.

Mais la parabole du grain de moutarde ne parle pas de déclin, de décadence, ni de catastrophe terminale. Elle évoque seulement une croissance confiante vers un objectif poursuivi avec constance : la création lente, progressive, d’un lieu ouvert où le monde alentour est chez lui !

Le Royaume, ce lieu où chacun a droit de cité, n’a pas besoin d’être surveillé comme le lait sur le feu : il est en devenir, à chaque étape, tout à fait égal à ce qu’il est en germe : d’un stade à l’autre, pas de différence de nature, juste une différence de degrés… de développement !

Mais s’il n’y a pas ici de concession à l’angoisse du manque, il n’y a pas non plus d’invitation à la paresse : si nous ne voyons pas la croissance des plantes, ce n’est pas parce qu’il n’y a rien à voir ni rien à faire, c’est seulement parce que nous sommes dans une autre échelle de temps que cette partie de la réalité. Elle fait pourtant son petit bonhomme de chemin, par moment en totale autonomie, à d’autres moments en comptant sur notre soin, notre minutie, notre implication.

Comment savoir à quelle phase nous avons à faire ? Impossible de le savoir, si ce n’est en restant disponible à tout moment : « Qu’il dorme ou qu’il veille […] il ne sait comment ». C’est donc bien la force de vie, impossible à observer, qui régit tout. Et si nos communautés étaient de ces organismes où la croissance n’est pas une question d’organisation ou de degré d’activité, mais surtout un endroit sur terre où l’on fait résolument confiance à sa propre puissance de vie… sans savoir comment ?

Pas de raison, par conséquent, de nous désoler de notre petitesse, ni de notre quasi-incognito imposé autant par l’histoire que par notre discrétion naturelle. Ce n’est pas parce que nous nous agitons davantage que nous obtenons plus de résultats. Notre culture du résultat, des bilans positifs et des comptes équilibrés a bien des vertus, mais elle ne nous aidera pas dans tous les domaines. C’est avec cette confiance en une force de vie qui gouverne les choses lentes et souvent invisibles qu’il faut regarder notre monde, même si nos Églises nous apparaissent parfois dans toute leur faiblesse.

Ce qui s’appelle Royaume de Dieu n’est pas et ne sera jamais une chose dont on peut faire le bilan, sinon peut-être pour en dire : « Le bilan s’alourdit… ». Le Royaume n’est que la capacité à entrer en contact avec notre force de vie pour la laisser jouer son rôle de rivière souterraine, la laisser gouverner les choses lentes, les seules qui produisent quelque résultat…

Didier Petit


© Photo à la une : Wynand Uys on Unsplash

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