Prédication du 16/05/2021

Prédication par Didier Petit

Texte : Marc IV 35-41

 

4 mars 35-41

Comme dans notre texte du jour, il y a des événements qui bousculent, perturbent, renversent ou saccagent. On ne sait pas d’où ils viennent, ces coups de vents, mais ils remettent en cause notre vie au point de nous donner le sentiment de perdre pied. Nos filets de sécurité, pourtant testés cinquante fois, n’ont pas l’air de pouvoir résister à tout…

Les textes bibliques, pour corser l’affaire, donnent aussi d’autres récits où les tempêtes finissent mal. Jonas est débarqué par des marins qui refusent de couler avec lui, parce qu’il empeste la malédiction à plein nez ! L’apôtre Paul a fait naufrager trois fois en Méditerranée et, à chaque fois, sa survie était loin d’être assurée. Sans compter que Dieu, dans la Genèse, est déjà aux prises avec les éléments, le tohu-bohu ; et Noé est le seul survivant d’un déluge d’ampleur cosmique. On dit que les Hébreux n’avaient pas le pied marin, on comprend pourquoi… Cela dit, Jésus a recruté un certain nombre de marins pêcheurs, ça compense un peu.

Mais l’élément constant de ces récits, malgré le danger et la mort omniprésente, c’est la présence de Dieu au milieu même des périls, malgré les dommages considérables causés par une mer en furie. Présence, mais danger tout de même : nous savons bien que personne n’est à l’abri de quoi que ce soit, ce qui ne nous empêche pas de nous demander comment réagir lorsque les vents sont contraires.

Pour nous aider à réfléchir à cette question importante, un récit de miracle nous conduit directement dans une zone de turbulence, pendant la traversée d’un lac, le soir dans une barque. Certains ont voulu voir dans ce lac agité une image de l’Eglise brinqueballée dans les persécutions et les épreuves. Mais peut-être qu’il est plus simple de ramener notre réflexion à notre échelle, nous demander comment nous tentons de sortir de nos situations de détresse.

Parce qu’il faut bien le reconnaître, notre quotidien se déroule selon ses règles, sans que nous apprenions à connaître une présence divine au milieu de nos activités, dans l’encombrement de nos journées. Le tragique est toujours l’inattendu, c’est ce qui arrive dans la situation décrite à bord du bateau alors même que Jésus dort à l’avant comme si de rien n’était. L’angoisse des disciples est compréhensible, vue la situation, pourtant personne n’est coupable de négligence. C’est sans doute la première leçon à tirer de ce récit : les circonstances qui nous accablent parfois n’ont rien à voir avec ce que nous appelons la foi, comme si elle était intimement liée ou proportionnellement à notre capacité de sortir de situations difficiles.

Jésus embarque avec ses disciples et amis sur la même barque, et c’est surtout leur comportement qui est étrange : face au drame qui se noue, face au danger, leur premier réflexe est de culpabiliser Jésus : « Tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ! »

Etrange comportement, mais familier : nous avons tendance à chercher un responsable ou bien une explication à ce qui nous arrive, surtout si les circonstances sont difficiles à traverser. Il est très difficile d’y résister mais c’est surtout une arme à double tranchant : nous ne sommes effectivement pas responsables des coups de vent qui peuvent parfois nous renverser, mais l’absence de raison nous pousse parfois à chercher la responsabilité ailleurs que chez nous. Mortelle alternative : culpabilité maladive ou recherche de bouc émissaire ! Ceux qui sont sur la barque ne peuvent rien contre le vent qui risque de faire chavirer, alors ils se rabattent sur le plan B : celui qui a assez confiance pour dormir du sommeil du juste est coupable de ne pas se réveiller au bon moment !

Dans quelle catégorie se classer, ou se placer soi-même ? Que vaut-il mieux avoir : une belle solitude face aux circonstances, ou bien un Dieu problématique qui oscille entre impuissance et complicité ? Ce n’est ni une boutade ni une plaisanterie. Traverser une épidémie a donné à certains l’envie d’avoir un Dieu problématique, englué dans son ambiguïté : spectateur impavide de nos déboires sanitaires ou fabriquant de virus pour sonner le rappel à l’ordre…

C’est plus fort que nous, nous cherchons forcément un coupable, ou bien une explication. C’est probablement dans ces moments-là que nous montrons à quel point notre confiance est faible voire inexistante, à quel point elle n’est pas notre « pente naturelle ». Il faut à la fois l’assumer et ne pas s’y résigner.

La suite du récit est encore un peu plus troublante, elle ne résout pas forcément nos affaires : on y apprend qu’avec une foi suffisante, on triomphe des alors que l’expérience nous apprend le contraire ! Nous encourageons passer beaucoup de temps à recenser les situations où l’issue heureuse se fait attendre… Mais ce n’est pas la foi qui est en cause ici. Si le texte présente une issue heureuse malgré tout, c’est parce que malgré l’hostilité du monde, promesse que nous est faite d’avoir une certaine autorité sur les événements.

Peut-être pas de manière fracassante… C’est ce que semble indiquer l’expression « Il se fait un grand calme ». C’est la manière dont la foi se fraie un passage au milieu de cet ouragan : elle dit surtout les effets de la présence de Dieu en nous, c’est-à-dire la manière dont nous le manifestons. Quand nous en sommes capables, nous pouvons enfin voir au-delà du flux des événements, au-delà du tumulte.

Dans Vendredi ou La Vie sauvage , Michel Tournier écrivait : « Voyez-vous, l’avantage des tempêtes, c’est qu’elles vous libèrent de tout souci. Contre les éléments déchaînés, il n’y a rien à faire. Alors on ne fait rien. On s’en remet au destin. »

Il y a certainement quelque chose à choisir à reprendre de cette invitation au grand calme : la foi se joue ici, à égale distance de la résignation et de l’agitation vaine. La seule a chose à faire dans une tempête, c’est de garder le cap. Arrivés à ce stade, il se pourrait que nous soyons capables de nous endormir paisiblement, la tête sur un coussin. Quoi qu’il arrive !

Didier Petit

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