Prédication du 11/03/2018

Prédication par Dominique Hernandez

Textes : Éphésiens II 4-10, Jean III 14-21

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de serpent ? A quoi Jésus fait-il référence en parlant à Nicodème ? Parce que le serpent n’est pas un animal très bien considéré ; il n’a pas bonne réputation, même dans la Bible…

L’histoire vient du livre des Nombres. Cela commence par les récriminations du peuple d’Israël dans le désert, se plaignant du manque d’eau et pain et regrettant l’Égypte. Le récit raconte que l’Éternel envoie alors des serpents qui mordent le peuple et ceux qui sont mordus en meurent : les serpents du désert sont redoutables. Le peuple regrette alors d’avoir récriminé et l’Éternel ordonne à Moïse de fabriquer un serpent d’airain, de le fixer en haut d’une perche ; toute personne mordue qui regardera le serpent d’airain aura la vie sauve.

Quel rapport avec Jésus ?

 

Dans le désert, le peuple aurait pu tenter d’éviter la mort provoquée par les morsures des serpents par ses propres efforts, en fuyant devant les serpents, en cherchant à les tuer avec des armes, en se dépêchant de trouver un guérisseur et un remède. C’est ce que les humains tentent en général devant un danger.

Ils peuvent tenter de l’éviter et cet évitement peut consister aussi bien en une fuite loin du danger qu’en une négation du danger par aveuglement ou par un repli sur soi qui n’est qu’un enfermement.

Ou bien les humains peuvent chercher une solution pour éliminer le danger, mais l’on ne peut pas toujours s’en débarrasser définitivement.

Ou bien on peut trouver un remède, comme on peut le faire devant une maladie.

C’est ce que nous faisons dans nos différents collectifs, ou individuellement, dans nos vies personnelles. Parce qu’il s’agit de se sauver du danger.

Dans le désert, face aux serpents brûlants, il ne s’agissait ni de fuir, ni de combattre, ni de se soigner. Mais de regarder ce que Dieu avait ordonné à Moïse d’élever au bout de la perche. Ceux qui regardaient le serpent d’airain ne mouraient pas, ils étaient sauvés. C’est à dire que le salut ne venait en aucun cas des efforts personnels ou collectifs des israélites, mais de Dieu seulement. De quoi étaient-ils sauvés ces israélites ? Pas des dangers du désert, ni de la faim ni de la soif ; ils étaient sauvés de la tentation du retour en Égypte, du retour en esclavage. Ils étaient sauvés d’un retour en arrière vers la perdition et la mort.

 

Ce que Jésus dit à Nicodème, c’est que le salut est la volonté de Dieu pour le monde,

et que le salut ne dépend que de Dieu et pas d’efforts à faire,

et que ce salut est un don de l’amour de Dieu, pour quiconque croit, c’est à dire regarde à celui qui est envoyé en reconnaissant en lui le Christ de Dieu. Il n’y a rien à faire mais croire seulement.

 

Chacun de nous peut faire l’expérience pour lui-même d’un manque de vie, d’un déficit de sens, d’un défaut d’innocence. Il suffit de porter un regard un peu honnête et un peu lucide sur sa propre vie pour y discerner

des ruptures, des échecs et des absurdités,

et de la honte et des blessures

et des manques : de reconnaissance, de confiance, d’amour,

et des angoisses : des autres, de vivre, de mourir, de ses propres impuissances,

et des épuisements de devoir : lutter, faire ses preuves, être meilleur, se justifier.

 Nous pourrions y rester coincés, enfermés, nous pourrions répéter des efforts pour nous en sortir ou nous résigner à avoir peur de tant de fragilités, s’il n’y avait la volonté de Dieu pour chacun de nous : que nous soyons sauvés, qu’il y ait une autre vie, celle que l’évangile nomme vie éternelle et dans laquelle nous entrons par la foi. Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer disait : Croire veut dire fonder sa vie sur une base en dehors de soi-même. Une base qui est un don de Dieu : Parole, amour, alliance, grâce.

C’est bien de cette grâce dont l’auteur de l’épitre aux Éphésiens écrit que « c’est par elle que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » C’est cette grâce qui est au cœur de notre manière de comprendre l’Évangile, la Bonne Nouvelle du salut.

Ce qui nous perd, ce qui nous conduit à la mort, ce dont la grâce de Dieu nous sauve, ce n’est pas des épreuves et des difficultés de la vie. C’est de ce qui nous oblige

à nous replier sur nous-mêmes,

à nous conduire comme des coupables pleins de honte, de colère et de violence,

à entretenir en nous et autour de nous des systèmes de comptes et de comparaison.

 

Ce n’est pas le serpent d’airain en haut de la perche de Moïse qui sauvait les israélites de la mort des serpents. Ce serpent d’airain était un signe, le signe à ce moment de la fidélité de Dieu à son alliance envers ce peuple infidèle. Au-delà du signe, c’est Dieu qui sauvait les israélites mordus par les serpents.  D’ailleurs, dans le deuxième livre des Rois, il est écrit qu’Ézéchias, roi de Juda, détruisit le serpent d’airain, parce qu’il était devenu un objet d’idolâtrie pour le peuple.

De même l’élévation du Fils de l’homme est le signe qu’au milieu des morts qui nous menacent, il demeure un passage pour un souffle de vie nouvelle dans notre monde, dans nos existences. Il ne s’agit pas d’adorer la croix, ni la mort du Fils de l’homme, mais de s’en remettre à l’amour, au pardon, à la puissance de vie dont la croix est le signe.

Ce que nous avons à contempler, au-delà du signe, c’est un amour qui n’attend que d’élever nos vies dans l’éternité.

 

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